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Un film de Sono Sion (Japon)

"Guilty of Romance" Sortie en salles le 25 juillet 2012

Izumi, la petite trentaine, mène dans l’ombre de son mari, un romancier célèbre, une existence terne dont elle se satisfait jusqu’au jour où naît en elle un désir d’indépendance.

Avec la bénédiction de son mari, elle trouve un travail et devient démonstratrice dans une grande surface où elle vante les qualités d’une marque de saucisses.

La présence d’une aussi jolie fille à ce poste attire l’attention de la directrice d’une revue leste qui lui propose de la photographier. Elle accepte de poser de plus en plus dévêtue puis de simuler une scène d’amour devant un photographe.

Saisie par l’intensité d’un plaisir auquel son mari ne l’avait pas habituée, elle finit par rencontrer un étrange mentor qui la familiarise avec l’idée de vendre son corps et se retrouve, tout en demeurant le soir, une épouse modèle, une habituée des "Love hôtels".

Jusqu’au jour où d’étranges cadavres sont découverts dans " le château", un immeuble à l’abandon.

"Guilty of Romance" clôt une trilogie de la haine commencée avec "Love Exposure" et poursuivie avec " Cold Fish" .

Ce dernier volet passe par des tonalités contrastées, allant de la drôlerie au drame, de la candeur à la perversité, de la comédie au film noir.

Il suffit de voir avec quelle innocence, quelles mimiques angéliques, Izumi, dans sa tenue de servante modèle, vante les mérite d’une marque de saucisses pour saisir la double lecture et l’ambiguïté du récit.

On en arrive très vite à se demander par quel tour de passe-passe "Guilty of romance" échappe au genre cinématographique érotique, alors que le film comprend des scènes dont la crudité rappelle le "romanesque porno" une tendance initiée par la Nikkatsu qui en a fait sa spécialité et qui a coproduit le film de Sono Sion.

Une partie de la réponse est peut-être dans le fait que le cinéaste, avant de réaliser, était un poète reconnu. A son travail sur la distanciation et sur un constant décalage du récit, sensible dans les tonalités surprenantes de la construction narrative, dans la singularité de certains personnages comme celui du mentor, aux allures de poète magicien, s’ajoute le jeu des couleurs.

L’utilisation du rose projeté suite à l’explosion des balles remplies de peinture semble avoir été voulue comme une façon de déjouer les codes du film de genre auquel, avec des scènes de sexe et de violence, "Guilty of romance" aurait pu s’apparenter.

Sono Sion est un cinéaste inclassable qui n’appartient à aucune école. Et même quand il donne comme ici dans le scabreux ou le trash, quand on pourrait le classer dans la catégorie des cinéastes de la controverse, on retient surtout de son film, la limpidité de certaines scènes et la candeur de certains personnages. Si bien que "Guilty of romance" peut aussi se voir comme une œuvre romantique.

Francis Dubois

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