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Un film de Hong Sangsoo (Corée du Sud)

"Ha ha ha" Sortie en salles le 16 mars 2011

Avant de quitter la Corée pour le Canada, Jo Munkyung, un jeune réalisateur, retrouve devant un verre son ami Bang Jungshik, critique de films. Au cours de la conversation, ils découvrent qu’ils se sont rendus l’un et l’autre récemment à Tongyeong, petite ville du bord de mer. Ils échangent leurs impressions et en arrivent à raconter les aventures qui ont marqué leur séjour, leurs rencontres avec de jeunes femmes, leur hésitations amoureuses, leurs choix incertains.
On pourrait parler de marivaudage à propos du film de Sangsoo. On pourrait aussi citer Rohmer mais ce serait sans doute inexact, tant son cinéma est personnel et tant il est incrusté dans une culture à laquelle, ici plus que jamais, on se sent étranger et dont on ne peut, comme on le souhaiterait, pénétrer l’intimité, détecter les subtilités et les clés.
Hong Sangsoo est le chef de file du nouveau cinéma coréen et ses films fonctionnent sur un réalisme que sa démarche narrative ne cesse de fondre dans une sophistication à la fois réelle et parfois factice..
Il est bavard et ce qu’il fait dire à ses personnages qui touche à l’anodin, tout à coup, sans qu’on ne l’aie vu venir, a dérivé sur des échanges déjantés, hors de propos pour créer, comme par magie, une autre situation, pour mieux revenir sur l’essentiel de ce qui a été dit, pour mieux se contredire et finalement repartir de zéro.
"Ha ha ha" est une radiographie au scalpel des relations amoureuses mais on ne saurait dire dans les situations où sont mis les personnages, dans le contenu de leur propos abondant, si c’est le désespoir qui l’emporte sur le burlesque ou le contraire, si le film est un récit sur la difficulté de vivre ses amours ou le plaisir ambigu qui résulte de ces hésitations.

Sangsoo nous ballade dans un univers à la fois familier et étranger et, pour savourer pleinement son film, il suffit sans doute de se laisser porter par l’illusion d’un contact familier avec les récits ou par les dérives jubilatoires d’un intellectualisme fertile. Par les palpitations ordinaires de la vie amoureuse ou par l’artifice narratif.
Si les personnages du récit se situent dans un périmètre culturel et social particulier et proche de celui du cinéaste, c’est peut-être comme chez Rohmer, pour que le bavardage, l’abondance de la parole, servent à masquer l’inconsistance de la volonté. Il en est de même s’ils éprouvent tous le besoin de boire jusqu’à l’ivresse. C’est sans doute pour en arriver à un état de torpeur permettant de livrer à l’autre une vérité parfois déplaisante.
"Ha ha ha" est, comme l’indique son titre, un film drôle, mais c’est aussi une réflexion sur les choix, les articulations de nos vies. Est-il l’un plus que l’autre ? Les deux à la fois, à quantité égale ? C’est peut-être bien ce balancement qui nous accompagne de la première à la dernière image, qui fait la saveur de cette œuvre singulière.
Francis Dubois

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