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Un film de Bruno Dumont (France)

"Hadewijch" Sortie en salles le 25 novembre

Hadewijch d’Anvers fut une poétesse flamande. Elle vécut dans la première moitié du XIIIéme siècle. Elle aurait appartenu au mouvement des Béguines, des femmes engagées qui se vouaient à Dieu sans entrer dans les ordres. C’est ce nom qu’avait choisi Céline au moment de faire son noviciat.
Céline est une très jeune fille issue de la bourgeoisie parisienne. Elle a pris la décision de consacrer sa vie au christ. Alors que Céline est sur le point de prononcer ses vœux, la mère supérieure du couvent, choquée par l’aveuglement mystique de la novice et sa tendance à la mortification, la renvoie dans sa famille. La vie oisive mais empreinte de pureté que la jeune fille va dès lors mener à Paris croise celle de Yassine, un jeune maghrébin de banlieue désarçonné par les idées de la jeune fille, et celle de son frère aîné Nassir, un homme religieux qui organise dans un local de la cité où il vit, des séances de réflexions sur des sujets philosophiques.
Contrairement aux trois films précédents de Bruno Dumont, "Hadewijch" est, malgré son sujet, un film en prise avec une réalité concrète. Et comme l’objectif du réalisateur n’est pas de faire de la peinture sociale, il s’engage dans le raccourci et le cliché. Le père de Céline est, diplomate, perpétuellement en déplacements, et sa mère bourgeoise désœuvrée est vaguement dépressive. Il en est de même pour les deux jeunes gens dont la jeune fille fait la connaissance. L’un est chômeur et dilettante, l’autre est engagé dans le militantisme religieux. Ils vivent dans une cité. L’espace entre le luxe de l’appartement familial des quais de la Seine et celui des deux frères en banlieue serait difficile à franchir pour toute autre que Céline, et cette familiarité désarmante de pureté qu’elle établit avec un milieu qui lui est totalement inconnu devient une évidence chaleureuse
Bruno Dumont réussit l’impossible, rendre non seulement crédible mais très justes des situations narrativement périlleuses. Et dès lors que l’effet de justesse est engagé, il peut se permettre de prendre d’autres risques. Le regard de désir que pose un jeune homme sur Céline au cours d’une réunion, celui de Yassine interrogateur sur les comportements naïfs et désarmants de la jeune fille, fonctionnent sur le fil du rasoir mais avec un naturel saisissant.
Le personnage de Céline est un des plus beaux dans le genre depuis la Thérèse d’Alain Cavalier. Il est un mélange de hardiesse et de pureté, et ses certitudes mystiques semblent protéger la jeune fille de tous les dangers, éteindre le désir des hommes tant, tout chez elle depuis son propos, jusqu’au moindre de ses gestes, ramènent à son entière dévotion au christ.
Bruno Dumont qui traîne depuis "L’humanité" la réputation d’un réalisateur hermétique ou sulfureux devrait avec "Hadewijch" retrouver dans le cinéma français, la place que mérite son talent. Hors des sentiers battus, il réalise là, une oeuvre remarquable, facilement accessible et comme à son insu, une peinture juste de notre société.
Francis Dubois

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