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Un film de Margarethe Von Trotta (Allemagne-France)

"Hannah Arendt" Sortie en salles le 24 avril 2013

Synopsis : en 1961, la philosophe juive allemande Hannah Arendt se rend à Jérusalem missionnée par le New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, le responsable de la déportation de millions de juifs. Ses articles où elle développe sa théorie de "la banalité du mal" provoquent une levée de boucliers. Malgré les pressions qu’elle subit, les critiques et les accusations, elle demeure sur ses positions. Son obstination et l’exigence de sa pensée choquent jusqu’à ses proches et finissent par provoquer son isolement.

Margarethe Von Trotta qui avait réalisé en 1986 un film très controversé sur Rosa Luxembourg souhaitait se confronter à la réalisation d’un film sur une philosophe. Son objectif était de parvenir à filmer une femme dont l’activité essentielle est la pensée.
Hannah Arendt était, tout comme Rosa Luxembourg, une femme d’exception, supérieurement intelligente, dotée d’une forte personnalité mais également capable de donner une place importante à des relations amicales et amoureuses.
Après avoir lu ses livres, sa correspondance et interrogé des personnes qui l’avaient connue, Margarethe von Trotta à fait le choix de centrer le film sur les quatre années où elle a travaillé sur le rapport du procès Eichmann et sur le livre qui s’y rapporte.
Hannah Arendt qui déclarait : "Personne n’a le droit d’obéir" était à l’opposé d’Eichmann dont la tâche consistait à rester loyal envers son serment d’obéir aveuglement aux ordres de sa hiérarchie. Cette entière soumission aux ordres reçus lui faisant abandonner une des caractéristiques qui distingue l’être humain des autres espèces : la capacité de penser par soi-même. A une époque où les individus se sentaient tenus d’adhérer à une idéologie spécifique, Hannah Arendt apparaît comme un être à contre-courant, quelqu’un qui est resté fidèle à sa propre conception du monde.
Lorsqu’elle évoquait le concept tant contesté, notamment en Israël, de la "banalité du mal", pouvait-elle imaginer qu’aujourd’hui sa pensée est devenue l’élément essentiel de tout débat sur les crimes perpétrés par les nazis ?
L’exil (elle a dû quitter l’Allemagne dès 1933 pour rejoindre Paris puis dès l’invasion de la France, rejoindre Marseille, l’Espagne, le Portugal et bientôt New-York) a joué un grand rôle dans sa vie et ses écrits philosophiques et politiques. C’est une deuxième prise de conscience quand en 1960, installée aux Etats-Unis, en même temps qu’elle affrontait l’un des chapitres les plus tragiques du XXème siècle, elle allait voir de ses propres yeux l’homme dont le nom est associé au meurtres de millions de juifs : Adolf Eichmann. En se trouvant confrontée à un homme ordinaire qui avait organisé le transfert de millions de personnes jusqu’aux chambres à gaz par obéissance aveugle et l’incapacité de penser par lui-même, sa vision des choses allait changer.
A travers quelques flashbacks, nous est aussi montrée la romance passionnée qu’elle a connue avec Martin Heidegger, un homme avec qui elle n’est pas parvenue à couper les ponts, même après l’adhésion de celui-ci au parti National Socialiste en 1933.

Le film peut donner l’impression qu’elle est isolée, abandonnée de tous à la suite de la parution de ses articles sur le procès Eichmann, que l’exil l’a plongée dans un état de grande vulnérabilité qui ne lui a cependant pas ôté le désir de penser "sans béquilles" et de rester une philosophe indépendante [1].
Le film de Margarethe von Trotta est de facture très classique. La priorité est donnée au portrait de cette femme d’exception. Barbara Sukowa qui a, à plusieurs reprises été la complice et l’interprète de la réalisatrice, est une Hannah Arendt superbe dans son apparence de petite bonne femme ordinaire.
A voir.
Francis Dubois

Notes

[1Ce film n’évoque qu’une toute petite partie de la vie et de l’œuvre de cette femme dont les principaux écrits qui ont fait sa renommée -et continuent à donner à réfléchir sur les dictatures (au-delà du seul nazisme qui l’obligea à se réfugier aux USA), la démocratie, le pouvoir, la gouvernance...- sont postérieurs à sa naturalisation américaine (1951), dont, en premier lieu, "Les origines du totalitarisme". Sa carrière universitaire y sera particulièrement brillante, dans diverses universités, avant et après la période évoquée par le film : elle sera la première femme nommée professeur à Princeton, et 2 ans après sa couverture controversée du procès Eichmann, elle sera nommée titulaire de la chaire de science politique à l’Université de Chicago, puis 4 ans plus tard, en 1967, professeur à la New School for Social Research, où elle travaillera jusqu’à sa mort en 1975. Ses écrits ne seront connus et appréciés que tardivement en Europe. Outre la lecture de ces ouvrages, on pourra aussi se reporter aux 86 articles du Monde Diplomatique qui évoquent son œuvre PL

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