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Un film de Rüben Östlund (Suède)

"Happy sweden" Sortie en salles le 29 avril

Des récits s’entremêlent, d’inspirations très différentes, mais dont le sujet récurrent est l’observation de l’individu sous l’influence du groupe. Un chauffeur d’autocar refuse de reprendre le voyage si celui des passagers qui a détérioré le rideau des toilettes ne s’est pas dénoncé, deux adolescentes poussent au delà des limites leur comportement provocateur, une enseignante zélée met en cause les méthodes pédagogiques musclées d’un de ses collègues, quelques hommes trentenaires sont réunis pour un week-end débridé dans une maison à la campagne…
La construction du récit fonctionne de façon simple selon la reprise alternée de chacun des récits laissant à chaque fois le spectateur dans une sorte de frustration et face au risque qui menace de n’en savoir pas plus sur la suite tant l’intérêt dramatique du récit, dans le sens habituel du terme, est absent.
Plutôt qu’à un puzzle qui donne au final un motif concret, le film fait penser à une mosaïque qui jouerait à la fois sur l’harmonie et la rupture des coloris qui la composent.
L’enfant que son père amène face au chauffeur de car et qui avoue avoir, par maladresse, détérioré le rideau est-il le vrai fautif ou bien fallait-il, pour clore l’incident et que le voyage reprenne, trouver un coupable ? L’enseignante devra-t-elle s’excuser auprès de son collège dont elle contestait les méthodes, ou tout au contraire dénoncer ses agissements à la hiérarchie ? L’homme que, par jeu, ses compagnons de week-end ont contraint à une fellation quittera-t-il la place quand sa femme qu’il a alertée, viendra le chercher ou bien prolongera-il le week-end jusqu’à son terme ?
Avec un récit sur l’école, un autre sur le comportement de la jeunesse et la liberté des mœurs, un autre sur le respect du bien d’autrui, un autre qui interroge sur la charge homosexuelle de chacun, un autre sur l’engagement civique de l’individu, "Happy sweden" dresse au final un tableau de la société suédoise. L’effet n’est peut-être pas tant produit par les motifs narratifs premiers que par un contexte soigneusement présent ou une parenté souterraine plus active qu’il n’y paraît entre des récits disparates.
La narration fragmentée et alternée du film s’assortit d’une photographie qui saisit le scènes de très près ou de loin de telle sorte qu’il est impossible d’embrasser une situation dans sa totalité d’un seul coup d’œil.
SNES_HappySweeden
"Pour que le public reste concentré sur des situations du quotidien très familières comme celles de mon film, il faut le désorienter, qu’il ne sente pas l’intrigue, qu’il ne sache pas trop où il est. Quand on est désorienté, on cherche à tirer ça au clair, on a davantage de concentration"dit Ruben Östlund.
Sa démarche narrative est sans doute efficace puisqu’on se prend au jeu et que le morcellement apparent du récit donne au final un ensemble cohérent, compact, une œuvre aboutie et passionnante.
Francis Dubois

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