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Un film de Merzak Allouache (France/Algérie)

"Harragas, partir à tout prix" Sortie en salles le 24 février

Harragas est un mot originaire de l’arabe algérien qui signifie "brûler". Avant de partir pour l’Europe, les clandestins détruisent leurs papiers en les brûlant pour que les gardes-côtes, s’ils les interceptent, ne puissent ni les identifier, ni identifier leur pays d’origine.
Ils sont dix pour lesquels Hassan, un passeur véreux, prépare un départ illégal en direction des côtes espagnoles, porte ouverte sur "l’Eldorado européen"… Neuf hommes d’origines ethnique et sociale différentes et une femme, Imène, dont la détermination aura eu raison des réticences de son ami Rachid et du passeur.
Des films tels que "Welcome" ont prouvé que le sujet de l’émigration clandestine peut très bien s’accommoder de la fiction cinématographique. Que celle-ci, plus attractive que le documentaire permet, avec une meilleure diffusion de l’œuvre, de toucher un plus grand nombre de spectateurs en salles et de les sensibiliser à un problème tout compte fait assez méconnu, à propos duquel la réflexion se limite souvent à des lieux communs, et qui souffre d’analyses sommaires relevant parfois de la brève de comptoir.
Merzak Allouache situe son récit à Mostaganem, une ville portuaire d’Algérie située à deux cents kilomètres des côtes andalouses où, comme ailleurs, les perspectives d’avenir des jeunes sont douloureusement réduites. Le film est tourné sur les lieux mêmes de l’action, en décors naturels : des villages, des plages, des criques qui sont souvent le théâtre de faits similaires à ceux racontés ici.
Le désir –la nécessité- de quitter un pays figé, et qui n’offre plus rien à ses jeunes, occulte les risques encourus par les candidats à la migration clandestine. Une peine de prison de cinq ans pour "traversée illégale " de la Méditerranée et avec elle, la difficulté de faire d’autres tentatives et par conséquent, l’anéantissement de tout autre espoir…
Merzak Allouache a voulu construire un récit exemplaire et pour tenir le spectateur en haleine, peut-être pour mieux l’accrocher au sujet, il a compté sur le pouvoir attractif d’une multiplication des épreuves qui attendent les postulants à l’émigration. Le récit du film se ramifie alors en une multitude de difficultés auxquelles sont confrontés les personnages, au point qu’à un moment donné l’anecdote finit par attaquer le fond du sujet, par le submerger, l’engloutir de telle sorte que nous finissons par nous retrouver face à l’aventure malheureuse d’un groupe de navigateurs imprudents.
"Harragas", en l’état, reste sans doute un bon support pour engager une réflexion sur l’émigration, les raisons qui poussent des hommes et des femmes à risquer leur liberté ou leur vie pour la chance souvent illusoire d’un avenir meilleur…
Francis Dubois

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