Actualité théâtrale

Jusqu’au 21 octobre au TnBA -Théâtre du Port de la Lune Bordeaux

« Haskell Junction » En tournée ensuite

C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par la guerre ou la misère fuient leur pays au péril de leur vie, il a désiré parler de ces frontières qui dressent des barrières devant eux. Mais en partant des bizarreries loufoques et poétiques de la ville de Stanstead, il offre une approche originale de la question. À Stanstead, au Haskell Opera House, la scène est au Canada tandis que le public est aux États-Unis et la frontière n’est matérialisée que par une ligne dessinée sur le sol ; à la bibliothèque, la porte d’entrée est au Canada et la salle de prêt aux États-Unis ! Les Beatles dont deux étaient interdits de séjour aux États-Unis avaient prévu, grâce à ces bizarreries, d’y donner un concert, qui fut finalement interdit.

Comme à son habitude, Renaud Cojo va mêler les genres. On démarre sur deux hommes ayant un peu abusé du whisky qui se lancent en 1772, dans un tracé de frontière dans la neige, un tracé très approximatif, si approximatif qu’ils décident de le matérialiser par une bande de scotch noir et si une branche constitue un obstacle, qu’à cela ne tienne, on passe le scotch par dessus ! On glisse du poétique au burlesque, du réalisme à l’étrange et on s’interroge. La frontière peut être matérialisée par des dizaines de flacons de verre qu’une femme nue va ramasser un à un et attacher par du scotch autour de sa taille, une grosse chenille se tortille sur le sol, un Pikachu échappé des Pokemon erre sur la scène, des sacs tombent des cintres au coup de sifflet. On passe d’une langue à l’autre. La musique contribue à désorienter le spectateur. De toutes façons, ce monde marche sur la tête et les arbres, qui forment une frise en haut de la scène, ont la tête en bas. Renaud Cojo excelle à créer des images qui excitent l’imagination.

Théâtre : Haskell junction

C’est un film réalisé avec Laurent Rojol et qui semble venu de très loin dans le passé, en noir et blanc et en sépia, qui va donner les clés de ces scènes étranges à la fin du spectacle. Les sacs qui tombaient des cintres deviennent gilets de sauvetage, des corps gisent sur le sol, le fond de scène s’entr’ouvre laissant apparaître le hall du théâtre, comme un élément du décor, avec ces passants qui s’arrêtent à peine, devant ces gisants. Mais les voient-ils ou sont-ils indifférents ou résignés ?

On peut regretter la coupure entre la première partie, théâtre-performance, et la seconde partie occupée par le film. Mais on peut aussi se laisser emporter par la poésie et l’étrangeté de la première partie et trouver une autre forme d’émotion dans la seconde qui se termine sur une très belle idée, où là encore la surprise est au rendez-vous, mais aussi sur une note plus sombre. Cette frontière qui semblait un peu fantaisiste avec ses absurdités loufoques, que l’on avait envie de franchir comme par jeu, devient enfermement et ce n’est plus drôle du tout.

Micheline Rousselet

Du mardi au vendredi à 20h, le samedi à 19h

TnBA-Théâtre du Port de la Lune

Place Renaudel, Bordeaux

Réservations 05 56 33 36 80

Tournée ensuite : le 21 novembre à Bergerac, le 6 février à Tulle, le 9 février à Montbéliard, du 20 au 22 février au CDN de Thionville, le 18 mai à Agen

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La mégère apprivoisée »
    Un jeune homme Lucentio arrive à Padoue avec son valet, aperçoit une jeune fille fort jolie et en tombe amoureux. Mais le père de Bianca a décidé qu’elle ne pourrait se marier que lorsqu’un mari se... Lire la suite (24 janvier)
  • « Dom Juan ou le festin de pierre »
    Une adaptation du mythe de Don Juan et du texte de Molière d’une originalité et d’une force qui éveillent la réflexion et l’émotion. Même si Don Juan est un séducteur habile, il est loin de n’être que... Lire la suite (23 janvier)
  • « Comparution immédiate II : une loterie nationale ? »
    Plusieurs pièces se sont attachées ces derniers mois au spectacle des prétoires. Ce qui s’y passe ressemble souvent à du théâtre, les prévenus comme les avocats, le procureur et les juges se mettant en... Lire la suite (21 janvier)
  • « Le reste vous le connaissez par le cinéma »
    Présentée en juillet dernier au festival d’Avignon, cette version contemporaine des Phéniciennes d’Euripide, écrite par l’auteur britannique Martin Crimp et mise en scène par Daniel Jeanneteau, est... Lire la suite (20 janvier)
  • « Une histoire d’amour »
    Justine sort d’une histoire d’amour avec un garçon et tombe amoureuse de Katia, un amour brûlant. Justine veut un enfant, Katia trop blessée par la vie est très réticente. L’enthousiasme de Justine... Lire la suite (19 janvier)