Autour du Jazz

« Heartland » Une nouvelle vocaliste : Indra Rios-Moore.

C’est toujours une bonne nouvelle une vocaliste qui veut, à son tour, marquer le paysage. C’est le cas avec Indra – un nom qui signifie, paraît-il, guerrier venu du ciel dans la mythologie hindoue -, fille du bassiste Donald Moore, [1] résidant au Danemark. Une sorte de trait d’union entre les continents. Une carte de visite.

Indra a décidé de se servir de toute les traditions, de toutes les cultures, du gospel, du blues et du jazz et d’autres pour tenter de se frayer une route dans ce monde encombré par ses passés recomposés comme autant de conformismes et de dogmes. La marchandise exerce ses effets, reproduire à l’identique ce qui a déjà été fait. Pour les hommes de marketing, c’est une sûreté.

Indra possède une touche de toutes ces grandes musiciennes capables d’émouvoir, de transformer des vies, de donner ce goût formidable – terrifiant et étonnant – de l’amour fou, absolu dans des mondes qui en manquent tant. C’est le drame de Billie Holiday, au-delà de sa biographie. Trop d’amour tue le monde qui se venge par ses flics et sa répression. Une femme libre, pensez donc…

Indra donc prend en compte cette dimension en même temps qu’elle n’oublie pas cette musique qui colle à la peau de ces États-Unis trop souvent racistes. Elle veut dépasser l’opposition Blancs/Noirs pour s’orienter vers une musique universelle.

Elle nous fait partir en voyage, en train forcément pour aller à la rencontre de contrées perdues et forcer ce voyage immobile, dangereux. Il est possible de se laisser bercer, de s’endormir au son de cette voix légèrement aérienne qui a oublié les « growls » de Bessie Smith mais se souvient des grandes chanteuses de la country and western, grandes chanteuses à la biographie tout aussi chargée que celle de Billie.

Jazz : Heartland

Le blues est omniprésent en même temps qu’une filiation avec l’univers de Duke Ellington. Duke aimait ces voix éthérées. Dans ce même mouvement, toutes les références se mêlent et s’emmêlent pour faire place à une voix qui commence à devenir originale.

Il paraît que cet album, « Heartland », a été auto-produit et publié par le label Impulse. Du beau travail. Même si on appréciera plus ou moins les tentatives diverses qui meublent ce premier opus d’une carrière qui devrait être longue. Elle lorgne du côté de l’Amérique latine, de l’Europe et invoque même la déesse Yoruba de la féminité (mais aussi de l’amour), Oshun, tout en conservant son identité. Un signe. Un premier album, on le sait, c’est toujours trop.

Le saxophoniste ténor, Benjamin Traerup – compagnon de la dame -, regarde beaucoup du côté d’un saxophoniste un peu oublié, Eddie Harris. Les inflexions de son jeu viennent directement de ce musicien. Le reste du groupe, Sejsthen à la basse – un dialogue basse/voix débute « Solitude » dans la lignée de Sheila Jordan par exemple – et Ulfe Steen à la guitare, est à l’unisson.

Le tout s’écoute avec intérêt et plaisir même si j’aimerais, de temps en temps, un petit plus de folie, de sortir du cadre…

Nicolas Béniès

« Heartland », Indra Rios-Moore, Impulse ! (Universal)

Notes

[1Un nom qui ne dira peut-être pas grand chose mais ce bassiste, né en 1938 à Philadelphie, a commencé sa carrière en participant aux groupes de Archie Shepp, a travaillé avec Jackie McLean et beaucoup d’autres, pour se retrouver aux côtés de Elvin Jones et Clifford Thornton – un des grands trompettistes du free jazz. D’après Wikipedia, il est encore actif à New York et ses environs.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • 3 CD de jazz pour voyager
    Le jazz, la musique de chambre et le Brésil. Quand une violoncelliste, Audrey Podrini, rencontre un percussionniste/batteur brésilien, Zaza Desiderio, il se passe de drôles de choses et, souvent... Lire la suite (10 décembre)
  • Edward Perraud, batteur, renoue avec le concept d’album.
    Un trio bête sur le papier, piano/contrebasse/batterie, classique. Un doute dès l’intitulé du leader, plus exactement du rêveur de la musique de départ, Edward Perraud. Le batteur a voulu former ce... Lire la suite (5 décembre)
  • Reggie Washington, contrebassiste, renoue avec l’acoustique
    Cet album, nous dit Reggie Washington, vient de loin, 2012 en l’occurrence. Il a été reporté à cause de la mort du guitariste Jef Lee Johnson et de l’urgence, pour le bassiste, de rendre hommage à son... Lire la suite (3 décembre)
  • « Memphis Slim 27 mai 1961 »
    Memphis Slim ? Le nom de ce bluesman sonne tellement parisien que tout-e amateur-e de piano, de blues, de boogie woogie français semble tout connaître et avoir tout entendu de ses enregistrements... Lire la suite (30 octobre)
  • « Stan Getz 1959 »
    Janvier 1959, la Ve République fait ses premiers pas, la guerre d’Algérie se poursuit et Paris se donne des airs de capitale du jazz. Stan Getz in Town, « The Sound » en personne est à Paris. Les... Lire la suite (30 octobre)