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Un film de Christine Molloy et Joe Lawlor (Irlande)

"Helen, autopsie d’une disparition" Sortie en salles le 7 avril

Helen est une jeune orpheline timide et réservée. Afin de pouvoir poursuivre ses études, elle assure des tâches de femme de ménage. Son existence terne l’empêche de prendre une option quelconque sur l’avenir. Un jour, une élève de son lycée disparaît mystérieusement et Helen est choisie par les services de police pour être sa doublure au cours de la reconstitution des faits.
Les proches de la jeune fille, les parents et plus tard son petit copain, psychologiquement fragilisés s’attachent insensiblement à elle. Helen qui n’a jamais eu de famille, ni d’amoureux, s’approprie petit à petit sa vie d’emprunt.

Joe Lawlor et Christine Molloy avaient réalisé un court métrage sur le thème de la disparition d’une jeune femme. A partir de ce sujet, ils se sont intéressés à la reconstitution, à cet étrange revisite de faits dramatiques et aux raisons qui dictaient aux enquêteurs le choix des personnes appelés à "jouer" les victimes ou les coupables. Et que pouvait-il survenir si la doublure, prise dans le flou totale d’une existence sans repères se prenait au jeu et chaussait l’identité de la victime ou de la personne disparue ?
Les deux cinéastes ont opté pour une narration ralentie constituée essentiellement de plans séquences qui entretiennent un effet d’étrangeté sans cesse confronté au fil réaliste du récit.
Le mutisme d’Helen, jeune fille inhibée, solitaire, son visage ingrat, ses comportements maladroits photographiés sans complaisance, accentuent l’effet d’isolement de la jeune fille, sa vulnérabilité jusqu’aux limites de la pathologie. Le fait qu’elle soit souvent photographiée de dos confirme peut-être sa ressemblance avec la disparue et favorise le glissement de l’une vers l’autre. La lenteur du filmage et par voie de conséquence de la narration trouve sa justification dans la façon sournoise parce qu’instinctive qu’à Helen de s’introduire dans la vie de celle qu’elle représente, de sorte qu’on a l’impression qu’elle s’est engagée dans cette imposture à son insu. Mais pas tout à fait, non plus parce qu’on finit par percevoir chez elle, peut-être des dispositions de manipulatrice. Les parents de la jeune fille disparue et peut-être plus encore son fiancé en devançant les demandes d’Helen ou en les lui inspirant, semblent tomber dans une piège invisible qu’elle leur tend et dans lequel elle refuse de s’engager avec eux.
A propos de leur film, Joe Lawlor et Christine Molloy citent les influences possibles de Deryer, de Bresson ou de Jancso. La parenté de "Helen" avec les œuvres de ces cinéastes ne saute pas aux yeux, mais leur film n’en est pas moins une œuvre personnelle qui se refuse d’un bout à l’autre à la moindre facilité, la moindre concession aux dérapages narratifs auxquels se prête de genre de sujet.
Francis Dubois

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