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Un film de Sacha Polak (Pays-Bas)

"Hemel" Sortie en salles le 29 janvier 2014.

On ne sait rien de la situation sociale d’Hemel et de son père. Est-elle étudiante ou dilettante ? De lui, on sait qu’à la mort de sa femme (la mère d’Hemel), il a élevé seul sa fille et que pendant trois années, il l’a amenée chaque jour dans son bureau où il avait installé un lit d’enfant et un parc.

Il importe peu d’en savoir plus, comme il est inutile de connaître les raisons qui ont amené Hemel devenue jeune fille, à multiplier les rencontres sans lendemain et à trouver du plaisir dans la perversion.

A-t-elle calqué sa vie amoureuse sur celle d’un père qui change fréquemment de copine et ne s’attache jamais à aucune ?

En dehors de leur dispersion amoureuse, le père et la fille entretiennent l’un avec l’autre une relation fusionnelle, parfois même trop intime.

Au fur et à mesure du déroulement du récit découpé en brefs chapitres, on en apprend un peu plus et notamment qu’Hemel n’a jamais connu sa mère.

Le deuil a sans doute rapproché le père et la fille et leur attachement l’un à l’autre aura servi à combler le vide, à accentuer leur complicité et à les rendre inséparables.

La relation d’Hemel avec son père est décrite à la fois de façon frontale mais avec beaucoup de délicatesse, entre non-dits et moments éclatants qui traduisent, les uns comme les autres, la souffrance sourde de l’impossibilité de pouvoir se posséder entièrement.

La question est posée de la nature même de la séparation de l’amour et du sexe dans le lien paternel.

Sacha Polak conduit son récit sur le fil du rasoir.

Les premiers chapitres sont une suite de scènes d’amour entre Hemel et ses différents partenaires, traduisant l’image du plaisir, la totale impudeur de la jeune fille et sa recherche éperdue de pratiques amoureuses inédites.

Cette insistance conduite jusqu’à la perversion dénonce une faille dans la personnalité d’Hemel dont les caractéristiques seraient l’indifférence, l’autorité et un goût égal pour la soumission et la domination.

Mais l’assurance qu’elle montre n’est qu’une façade, une revanche sur l’amour non assouvi qu’elle éprouve pour son père.

Sa rencontre avec un amant plus âgé qu’elle va révéler cette faiblesse d’autant plus que celui-ci, à la différence des autres, mène le jeu et détermine les limites de la passion.

Malgré les scènes d’amour frontales, " Hemel " n’est surtout pas un film pornographique et au fur et à mesure du récit, il cesse même d’être érotique ou même sensuel pour laisser la place aux sentiments quand il lève le voile sur un désarroi profond.

C’est une œuvre sensible et au bout du compte, d’une grande délicatesse.

Francis Dubois

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