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Un film d’Eugénie Dumont (France)

"Héritage Fight" Sortie en salles le 8 octobre 2014

Cinéma - "Héritage fight" Au cœur du dernier bastion "sauvage" d’Australie, une communauté aborigène, les Goolarabooloo, est amenée, pour sa survie, à s’opposer au projet d’implantation de la plus grande usine à gaz au monde, soutenue par le gouvernement et dans le seul intérêt de la grosse industrie.

Aborigènes et citoyens solidaires décident de s’unir pour défendre ce qui n’a pas de prix : une terre, une vision du monde et, plus que tout, un héritage culturel. Dès lors, va commencer un combat à l’issue inattendue.

Lorsqu’Eugénie Dumont arrive à Broone, péninsule de 424 500km2 (à quelque chose près l’équivalent de la superficie de la France métropolitaine) le combat était déjà engagé et révélait un véritable choc des cultures.

Les terres sacrées de la tribu étaient menacées. Elles allaient être sacrifiées au profit de l’implantation de la plus grande usine à gaz de la planète. Ce qui était projeté, dans des intérêts économiques, allait anéantir des millénaires de connaissances, de savoir-faire et d’harmonie entre un peuple et son environnement.

La cinéaste s’est voulue le témoin de la lutte contre une certaine idée du progrès imposée par nos sociétés contemporaines et globalisées, de ce combat qui allait opposer un David et Goliath des temps modernes.

Le secret de l’équilibre unique de Broome repose sur le respect de la nature et sur un fonctionnement aux antipodes de notre monde occidental. Avec le projet d’usine, pour l’établissement duquel aucune étude sociologique n’avait été envisagée, tout allait être bouleversé : les loyers allaient tripler, les petits commerces disparaître pour laisser place aux grandes chaînes. Les familles allaient être renvoyées à des situations précaires et toute la population aborigène annihilée en quelques mois.
Mais la situation n’était pas simple car les familles étaient déchirées entre ceux qui voulaient à tout prix sauver le patrimoine, l’environnement, la culture, un mode de vie… et ceux qui voulaient croire que l’implantation de l’usine leur apporterait un bénéfice.

Chez les aborigènes, l’idée qu’un groupe d’individus volontaires est capable des plus grandes choses est solidement enracinée. Cette certitude faisant loi, la lutte engagée devenue un rêve commun, allait bénéficier d’une force intarissable et d’une grande détermination.
Le tournage du film fut une dualité permanente entre poésie de la culture aborigène et violence de la bataille engagée.

Certaines journées comme celle restée dans les mémoires sous le nom de "Black Tuesday" où plus de cent policiers sont intervenus, profitant de l’absence des médias, pour venir à bout du barrage humain et permettre l’ouverture des travaux n’ont eu, pour seul témoin, que la camera d’Eugénie Dumont. Mais les images qui ont résulté de cette présence sont tombées sous la menace du pouvoir.
De tels moments ont amené la cinéaste à revoir la vision contemplative qu’elle souhaitait donner à son film. Elle qui rêvait de lyrisme a dû composer avec les contraintes du réel.
Les entretiens face caméra ont permis de développer une approche plus "libératrice".
Tout à coup la caméra se mettait à l’écoute des détresses, des découragements, devenait une confidente et d’une certaine façon, libérait les opposants en leur permettant de verbaliser.

Pour prendre de la distance par rapport à la violence policière, à la difficulté à résister, Eugénie Dumont revenait ponctuellement à ses premiers projets de cinéastes. Des moments de liberté où devait réapparaître la beauté de la nature, la force de la culture et du mode de vie Goolarabooloo. C’est ce qui donne, en contraste avec la violence, le moment où, partie avec Richard pour une "partie de pêche" de deux jours, elle se reconnecte avec la nature et les paysages.

Sur le plan local, la communauté a mené une lutte exemplaire qui s’est soldée par le renoncement de "Woodside". Le conflit produisant semaine après semaine, la perte de millions de dollars, la société a finalement renoncé à son projet dévastateur.
Il reste cependant une communauté et une ville en deuil, sans guide pour l’avenir dont on ne sait pas comment elle se relèvera d’un tel choc.

Francis Dubois

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