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A la maison de le Poésie, jusqu’au 23 mai

"Héros limite Ghérasim Luca" Mise en scène Laurent Vacher

Une fois de plus la Maison de la Poésie nous surprend avec ce spectacle singulier construit autour de la lecture de textes de Guérasim Luca, poète né à Bucarest en 1913 et qui se suicida en se jetant dans la Seine en 1994.
Une étonnante écriture à propos de laquelle on s’interroge sur la meilleure façon de l’approcher. On se méfie de la lecture qu’on pourrait en faire soi-même tant elle semble fragile et l’on se dit que le moindre contre-temps pourrait la réduire en miettes, la désagréger…
La lecture qu’en fait Alain Fromager sur le plateau de la grande salle de la Maison de la Poésie, parfois accompagné de l’accordéon de Johann Rich, parfois pas, est sans doute l’idéal pour un premier contact avec l’écriture acrobatique du poète.

© Christophe Raynaud de Lage

A l’écouter dire, il semblerait qu’on a rassemblé une pelletée de lettres en vrac qu’on les a projetées en l’air et que par un mystérieux tour de magie, il est retombé des mots qui se sont organisés en phrases, curieusement associées les unes aux autres dans une sorte d’hésitation, de bégaiement qui jouent avec la syntaxe, renversent, bouleversent, amusent et parfois font rire. S’il se produit des "rencontres inspirées" entre un auteur et un comédien, ce spectacle en est la preuve.
Alain Fromager s’empare du texte avec une gourmandise, une malice et un tel plaisir communicatif qu’on se laisse promener pas les mots et leur balancement jusqu’au déséquilibre, comme on poserait tout en haut, la dernière pièce d’un château de cartes.
Et puis il y a l’accordéon de Johann Rich. Il ne s’agit pas d’accompagner les textes mais de proposer, à côté, une création musicale en réponse au jeu de l’écriture singulière. et pour mieux accompagner le spectateur jusqu’au bout du souffle et de l’émotion…
"Héros Limite" est un spectacle fragile mais audacieux, solidement construit, porté par un comédien remarquable et un musicien qui l’est tout autant, tous deux merveilleusement inspirés par la poésie généreuse et presque insolente de Ghérasim Luca.
Francis Dubois

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