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Un film de Hong Sangsoo (Corée du Sud)

"Hill of freedom" Sortie en salles le 8 juillet 2015.

Mori, un jeune japonais, part pour Séoul retrouver Kwon, la femme qu’il aime (ou qu’il a aimée ?) mais lorsqu’il se présente chez elle, elle s’est absentée.

Pour attendre son retour, il loue une chambre d’hôte à proximité de son habitation.

Au fil de ce séjour au cours duquel la femme qu’il est venue rejoindre semble passer chaque jour un peu plus au second plan de ses préoccupations, il va faire des rencontres d’importances variables mais auxquelles il portera à chaque fois la plus grande attention.

Alors que Mori attend le retour de Kwon, celle-ci, là où elle se trouve, va prendre connaissance et lire toutes les lettres que Mori lui a adressées. Mais dans le désordre car au cours d’une chute dans un escalier, les feuillets des missives se sont éparpillés…

Cinéma : hill of freedom

D’une rencontre à l’autre, Mori semble s’éloigner de son projet initial. Sa grande disponibilité aux autres ouvre à chaque rencontre sur un nouvel épisode à sa vie. A tel point qu’on peut se demander si la vraie raison de cette halte dans la pension de famille où il a échoué est l’attente du retour de Kwon ou bien pour lier de nouvelles relations, qu’elles soient éphémères ou plus engageantes quand il répond aux avances amoureuses de Youngsun, une jeune fille avec laquelle il envisage même la liaison durable qu’elle lui propose.

Le personnage de Mori, léger au point de paraître presqu’insaisissable épouse les méandres du récit avec la douceur qui le caractérise à première vue, entre engagement du moment et peut-être une profonde indifférence, cet espèce de balancement où il se laisse porter et qui offre au récit des séquences d’une grande fluidité narrative.

Les personnages annexes apparaissent dans la vie de Mori selon les règles du pur hasard et pourtant, chacun, de façon directe, parfois extravertie, aura son mot à dire dans l’histoire.

Mais chacune, qu’elle soit fugitive ou engageante, aura-t-elle une incidence réelle sur Mori qui pourrait apparaître parfois comme la salamandre ressortant intacte des flammes ?

Alors qu’il peut apparaître comme un être d’une grande limpidité, Mori est sans doute quelqu’un de bien plus mystérieux qui, en répondant chaque fois aux sollicitations des autres, renforce la réalité d’une personnalité énigmatique.

Chaque personnage survient dans le récit avec beaucoup de familiarité, quelquefois de façon intempestive et directe, envahissante et chacun offre à l’histoire des sortes de miniatures de la vie ordinaire.

La seule ligne qu’emprunte Hong Sangsoo est celle qui emboîte le pas à une suite de séquences qui s’enchaînent pour mieux brouiller la piste du récit linéaire que le film aurait pu être.

Le charme du film réside dans la légèreté du personnage et des situations allant jusqu’aux limites de l’inconsistance et pour mieux engager le spectateur dans la possibilité d’un leurre narratif dont on l’aurait fait complice, il brouille les pistes jusqu’à la sortie de son récit.

Le cinéma de Hong Sangsoo n’a pas son pareil pour envoûter le spectateur avec très peu de choses.

Il joue sur la légèreté et sur le menu fretin du quotidien là où d’autres font appel à des rebondissements et à du suspense, au prix de scène de violence.

Il a trouvé, pour mener à merveille sa démarche, l’interprète idéal en la personne de Ryo Kase dont le charme et la fausse désinvolture ravissent à chaque instant.

Francis Dubois

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