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Un film de Julia Murat (Brésil-Argentine-France)

"Historias, les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient" Sortie en salles le 18 juillet 2012

Il est des films dont la magie opère dès les premières images, qui gardent le cap du charme jusqu’au bout et à l’issue de la projection desquels on s’interroge sur leur mystérieux pouvoir de fascination qui nous a collés à notre fauteuil.

"Historias, les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient" est de ceux-là.

Dans la vallée de Paraiba, une région proche de Rio de Janeiro, Joluamba est une bourgade noyée dans une végétation foisonnante, où vivent quelques habitants qui n’ont jamais eu le choix d’une autre existence.

Tous les matins Magdalena répète les mêmes gestes. Elle pétrit et cuit le pain pour la boutique d’Antonio, longe la voie ferrée qui n’a plus vu un train depuis des lustres, nettoie le parvis du cimetière condamné, fleurit à distance la tombe de son époux, s’en va écouter avec quelques autres le serment du prêtre avant d’aller prendre place à la table commune pour le repas.

Cette poignée d’hommes et de femmes ont tout abandonné jusqu’à leurs souvenirs, n’ont plus aucun projet, vivent sur la lancée de leurs habitudes, à l’exception d’Antonio et de Magdalena qui gardent un semblant de vitalité.

Jusqu’au jour où survient dans le village fantôme, comme venue de nulle part, Rita, une jeune photographe que Magdalena accepte de loger chez elle pour quelques jours, le temps de réaliser un reportage sur la lente agonie de ces villages perdus.

Rita sait-elle, à l’instant où elle se présente à Magdalena, que son travail de reporter ne sera qu’un aspect presque accessoire de son séjour à Joluamba ?

Au village, on a perdu l’habitude d’accueillir un visiteur mais, passés les moments de méfiance, tous finiront par adopter la jeune fille qui trouvera sa place à l’église pour le sermon, à table pour le repas, auprès de Magdalena qui lui apprendra à pétrir la pâte à pain.

En réalisant "Historias…" on est tenté de penser que Julia Murat a réalisé "son film", qu’elle est parvenue à transmettre à son récit, à chacun des personnages, depuis les principaux jusqu’aux anonymes, à l’image, une sorte de grâce qui pourrait tenir aussi bien du miracle que de la révélation d’un grand talent.

Entre les premières images qui donnent le ton du film et cette fin brutale et interrogative qui nous laisse interdits, la cinéaste nous livre un récit répétitif, les gestes d’un quotidien agonisant soudain ressuscité par une présence nouvelle et au final une œuvre magnifique toute en rigueur et délicatesse.

A voir absolument.

Francis Dubois

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