Actualité théâtrale

Au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie

"Homme pour Homme" jusqu’au 16 février 2014

Le docker Galy Gay est sorti acheter un poisson pendant que sa femme met l’eau à bouillir pour le cuire. En chemin, il rencontre une patrouille militaire qui, privée de l’un de ses membres doit au plus vite trouver quelqu’un pour le remplacer pour ne pas s’attirer les foudres du redoutable sergent Fairchild. Galy Gay fera l’affaire condition qu’il accepte de se faire démonter de toutes pièces pour être remonter en un autre.

"Homme pour Homme" est une comédie burlesque et féroce du jeune Brecht (il a 28 ans quand il l’écrit) que lui-même résumait ainsi : "La transformation du soldat Jeraiah Jip en un dieu ; le transformation du sergent Fairchild en un civil ; la transformation de la cantine en une place vide ; la transformation du docker Galy Gay en un soldat, en Jeraiah Jip." Que reste-t-il d’un homme quand on lui a retiré son histoire, sa famille et qu’on l’a obligé à remplacer son nom par celui d’un autre ? Un être totalement modelable. C’est ainsi qu’un individu naïf, pur et insouciant va se transformer en un véritable chien de guerre.

Longtemps Bertolt Brecht dont on respectait les textes à la lettres et dont s’emparaient des metteurs en scène devenus des spécialistes comme Bernard Sobel ou au début des années 70 le duo Vincent-Jourdheuil a été joué "à la lettre" et selon sa conception du théâtre : rompre avec l’illusion théâtrale et amener le spectateur à la réflexion à travers la présentation de pièces volontairement didactiques, propices au procédé appelé "distanciation".

Les récentes mises en scène de textes de Brecht qu’on a pu voir, il y a quelques semaines aux Ateliers Berthier (Jean Bellorini et "La bonne âme de Se-Tchouan") et en ce moment au Théâtre de la Tempête (Clément Poirée) s’éloignent considérablement des règles mêmes du théâtre de Brecht sans le respect desquelles, la matière didactique peut revenir à la simple anecdote ou sombrer dans la dérive comique plutôt que burlesque.
Peut-on revisiter Brecht sans trahir et commettre de dégâts ?
Or, la tendance de jeunes metteurs en scène soucieux de "dépoussiérer" un théâtre dont ils doivent penser qu’il a fait son temps en l’état, est de faire de Brecht une sorte de "machine à jouer". C’est le cas de Clément Poirée qui fait de "Homme pour Homme", un texte dont s’emparent une bande de potaches inventifs, plutôt bons comédiens, mais qui ne résistent pas à forcer le jeu et à faire du personnage de Leocadia par exemple, une caricature doublée de vulgarité et d’un accent faubourien mal venu.

Si le spectacle confond parfois agitation et rythme et s’il pâtit de sonorités trop bruyantes ; si les lumières ne sont pas toujours du meilleur goût et si elles renforcent une impression de désordre, la mise en scène se laisse voir grâce au jeu des comédiens qui jouent les mitrailleurs (Bruno Blairet en tête) et de Thibaut Corrion qui compose un Galy Gay savoureux.

Francis Dubois

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie,
Route du Champ-de-Manœuvre 75 012 Paris.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr

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