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Un film de Bruno Dumont (France)

"Hors Satan" Sortie en salles le 19 octobre 2011

Dans une des premières images de "La vie de Jésus" apparaissait dans le paysage une cabane en tôle habitée par un ermite.

Après avoir réalisé "Flandres" et "Hadewich", des films où le récit conduisait à une grande mobilité des personnages, Bruno Dumont avait envie de faire un film qui se déroule dans un périmètre limité. Il a porté son choix sur un endroit dans le Pas-de-Calais, près de Boulogne-sur-Mer, qu’il connaît bien pour y vivre une partie de l’année depuis son enfance.

Les paysages sont un des éléments essentiels du film. C’est après les avoir beaucoup parcourus, après avoir étudié leur diversité, la qualité des lumières, qu’il a conçu son scénario.

Il avait tourné deux films avec un acteur non professionnel, David Dewaele, qui tenait des rôles secondaires dans "Flandres" et " Hadewich". Sa personnalité, son physique, son élocution correspondait au personnage d’un ermite qui parcourt les dunes, les bois, dort à même le sable, qui a des dons de guérisseur et qu’on appelle pour guérir des malades. Quant à Alexandra Lemaître qui lui donne la réplique, même si le film comporte peu de dialogues, il l’a rencontrée par hasard dans un café de Bailleul.

"Hors Satan" suit les errances d’un marginal, SDF du nord de la France qui entretient un rapport mystique avec la nature et une amitié instinctive et rude avec une jeune vagabonde au visage d’ange mais à l’expressivité farouche.

Tout lie les deux personnages ou rien ne les lie. Leur complicité est souterraine, mystérieuse, illisible mais certainement très profonde.
Ce sont deux marginaux extrêmes puisqu’à partir d’une foi sans Dieu ni Satan, ils établissent leurs propres règles. Lui, exorcise les possédés ou guérit les épileptiques en les embrassant sur la bouche ou en faisant l’amour avec eux, fait justice lui-même, n’hésite pas à tuer ce ou ceux qui lui paraissent nuisibles.
Il se laisse guider par son seul instinct, se sent pourvu d’une force supérieure. Même s’il est à la marge, Il est dans la vie. Dans celle qui lui revient plus qu’il n’en a fait le choix.

"Hors Satan" commence avec la marche inlassable de garçon à travers les dunes. Il se termine avec un miracle, la résurrection d’un mort.

Bruno Dumont filme des séquences silencieuses et languissantes de la même façon qu’il filme des actes excessifs, disproportionnés.
Pour lui, le cinéma est ce qui permet de faire place à l’extraordinaire dans l’ordinaire et laisse apparaître ce qu’il y a de divin dans l’être humain.

Il faudra qu’un jour, Bruno Dumont, un de nos plus grands cinéastes soit enfin reconnu. Sa "Vie de Jésus" en 1997 l’avait révélé au public. "L’humanité" sélectionné à Cannes en 1999, un chef d’œuvre, a dérouté le public et depuis, son cinéma, considéré comme difficile voire hermétique, ne déplace pas les foules.

Pourtant "Hadewijch" était un film magnifique et limpide.
"Hors Satan" est beau à couper le souffle.

Francis Dubois

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