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Un film de Charles Nemes (France)

"Hôtel Normandy" Sortie en salles le 8 mai 2013

Après la mort de son compagnon, il y déjà quelques années, Alice a décidé qu’elle n’aimerait plus jamais un autre homme. Cadre dans une banque, amatrice d’art contemporain, quarantenaire au sommet de sa beauté, elle décourage systématiquement tous ceux qui lui proposent avenir, monts et merveilles.

Ses deux collègues et amies proches, Pénélope la nymphomane rigolote et Isabelle, la pessimiste raisonnable, en ont décidé autrement. Pour précipiter les événements, elles lui offrent pour son anniversaire trois nuits dans un palace de la Côte normande où elle rencontrera fatalement l’homme riche et beau qu’elles lui destinent, qui est de connivence, chargé de la séduire et qui a sa photo et son signalement en poche.

Or, le prétendant, amateur d’art et lecteur des plus grands auteurs, est cloué au lit par une mauvaise grippe. Il est, à cause de ce contretemps, obligé de déléguer sa démarche de séduction à son frère, un beauf incapable de faire la différence entre un Monet et un Cézanne et qui n’a jamais lu " Belle du Seigneur".

Le lourdaud rate son coup et c’est un galeriste lunaire au charme certain qui croise la belle célibataire et la convainc d’accepter une invitation au restaurant.

On pardonnera à un film de ne pas être du cinéma. Le phénomène est assez courant et il arrive qu’on s’en accommode.

Il arrive que le film qui n’est pas du cinéma soit mauvais.

Il arrive qu’il soit si mauvais qu’on soit tenté de décrocher au bout de dix minutes de projection et qu’on sache, sans être devin, dès ce moment-là et peut-être même avant, que rien ne viendra au secours du naufrage.

"Hôtel Normandy" est un bel exemple de ce genre de ratage total. La comédie qu’on nous promettait quitte le navire dès les premiers instants avec des personnages et des scènes calqués sur tous les clichés et prend une autre destination. Le défaut ne se contente pas de toucher les personnages secondaires, il atteint surtout le personnage principal qu’il met à terre dès les premières séquences, celles de l’anniversaire ou celles de l’arrivée virevoltante dans le palace normand.

Mais c’est quand apparaît à l’écran Eric Elmosnino qu’on touche le fond. Car comment un comédien de théâtre de cette qualité, de cette ampleur, peut-il se compromettre dans un tel imbroglio cousu de fil blanc et d’une telle médiocrité ?

La façon dont il s’acquitte de sa partition, irréprochable sans doute, est en telle rupture avec la pauvreté de l’ensemble, qu’au lieu de sauver le film, il l’entraîne un peu plus vers le fond.

On peut dire la même chose de la comédienne fine qu’est Anne-Lise Hesme.

Ni Eric Elmosnino, ni Anne-Lise Hesme, ni le cinéma (même la mauvaise production française) ne méritent qu’on les entraîne aussi bas.

Francis Dubois

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