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Un film de Xabi Molia (France)

"Huit fois debout" Sortie en salles le 14 avril 2010

Elsa est sans travail. Elle vit de petits boulots et ses revenus ne lui permettent pas de prétendre à un logement. Elle souhaite décrocher un véritable emploi qui lui servirait entre autre, à obtenir la garde de son fils, un gamin d’une douzaine d’années. Mathieu, son voisin de palier vit aussi de petits boulots inintéressants et peu lucratifs. Lui aussi est sur le point de se faire expulser de l’appartement qu’il occupe. Lui aussi accumule les ratages mais l’un comme l’autre sont, comme dit l’adage, "Sept fois à terre, huit fois debout".
Le chômage, la précarité, la déchéance sociale, la marginalisation voire la clochardisation sont des sujets qu’abordent à différents degrés d’implication nombre de cinéastes, ces dernières années. On a vu "Versailles" et plus récemment "La Reine des pommes" qui étaient clairs sur leur démarche et le genre qu’ils revendiquaient.
Avec "Huit fois debout" rien n’est clair. Le film s’annonce comme une chronique sociale. On voit une jeune femme rater ses entretiens d’embauche, menacée d’expulsion de son appartement, se voir contrainte de dormir dans des carcasses de voitures, un jeune homme sans doute sur-diplômé, tenter de rester fidèle à sa philosophie de la vie. Mais très vite, le film, une fois qu’il a dressé le décor et lancé le constat de la misère chez les nouveaux pauvres, s’écarte autant qu’il peut de son sujet. Et "Huit fois debout" ne s’est servi des thèmes précités que pour construire une comédie douce amère qui, au demeurant n’est pas désagréable à regarder.
Dans "Versailles" une jeune femme abandonnait son enfant faute d’avoir les moyens de le garder avec elle. Il était recueilli par un garçon clochardisé, en rupture totale avec la société, qui vivait dans la forêt et trouvait avec cet "héritage" le moyen de satisfaire sa paternité frustrée.
Dans "La reine des pommes" Valérie Donzelli annonce d’entrée la couleur. Elle propose une comédie légère et même si le chômage, la précarité sont le moteur des aventures de son héroïne, elle ne trompe personne sur sa démarche et finit par en dire plus long qu’il n’y paraît.

Xabi Molia, lui, même s’il a l’air de rester sur la ligne, abandonne son sujet en cours de route pour donner lieu à des scènes chargées d’observations justes sur les difficultés de notre époque, mais qui sont surtout, dans des tonalités drôles ou émouvantes, des démonstrations de savoir-faire d’acteurs : Julie Gayet est très bien et Denis Podalydés, qui nous sert une fois de plus son regard d’épagneul éploré, aussi.
Les entretiens d’embauche de Mathieu relèvent plus du sketch que du témoignage ressenti.
En cela, "Huit fois debout" est révélateur d’une époque ou l’implication profonde du citoyen faisant défaut, nombreux sont ceux qui, apolitiques ou dépolitisés, se donnent bonne conscience en enfourchant comme cheval de bataille un sujet douloureux de l’actualité.
Il y a dans "Huit fois debout" deux démarches bien distinctes. Le sujet porteur qui est une chose et le film qui en est une autre.
Francis Dubois

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