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"Hunger" Un film de Steve Mac Queen (Royaume-Uni). Sortie en salles le 26 novembre

1981 : le gouvernement britannique vient de retirer le statut de prisonniers politiques aux prisonniers de l’IRA.
Dans la prison de Maze les prisonniers engagent le mouvement de "Blanket et no wash protest", par lequel ils refusent de porter l’uniforme et de se laver, et déclenchent les premiers mouvements de grève de la faim.
Le film s’ouvre sur une scène terrifiante où on voit le gardien Lohan tremper ses mains tuméfiées dans un lavabo rempli d’eau fraîche. Un plan qui pourrait paraître anodin si on ne découvrait bientôt que les blessures qui le font grimacer de douleur n’avaient été occasionnées par les coups quotidiens qu’il a portés aux prisonniers.
Le film se présente sous la forme d’un triptyque. Le premier tiers qui est une partie quasi muette, traite des conditions d’incarcération des prisonniers, des violences dont ils font l’objet, des scènes de lynchage. Il privilégie, d’entre tout le personnel de la prison, le seul personnage de Raymond Lohan, surveillant ordinaire affecté au quartier H où croupissent les prisonniers dans les déchets de nourriture, les excréments et l’urine. La deuxième partie est un entretien en plan fixe de vingt deux minutes entre Bobby Sands et un prêtre qui va tenter de l’aider à réfléchir sur les motifs de la grève de la faim qu’il est sur le point de commencer. La troisième partie montre la dégradation physique, les souffrances et l’agonie de Bobby Sands.

photo Hunger © MK2

Steve Mac Queen, en montrant l’enfer carcéral, la vie au quotidien des prisonniers qui, en dépit des conditions inhumaines gardent le cap de la résistance jusqu’à leur mort annoncée, en mettant face à face, comme pour une étrange partie d’échecs, deux hommes qui échangent à propos du sacrifice et des limites des repères moraux, en donnant à voir sans faire de concessions, la déchéance physique volontaire d’un homme, comme un acte de résistance et de désespoir, réalise en écartant toute notion de héros, de martyre ou de victime, en refusant tout manichéisme à son récit, un des plus beaux films de résistance politique…
"Hunger"est un film magnifique et pitoyable. Il a obtenu le Prix de la caméra d’or au dernier festival de Cannes mais cette œuvre, par sa force et sa terrifiante sobriété, semble flotter bien au-dessus du domaine des récompenses….
Francis Dubois

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