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Un film de Antonio Mendez Esparza (Espagne- Etats-Unis- Mexique)

"Ici et là-bas" Sortie en salles le 13 février 2013

Après un long séjour aux États-Unis où il a travaillé comme manutentionnaire dans des grandes surfaces, Pedro rejoint sa famille dans leur petit village des montagnes de Guerrero, au Mexique.

Grâce aux économies accumulées, il espère une vie meilleure pour sa femme et ses filles et pour lui, la réalisation d’un vieux rêve : créer un groupe de musique qui pourra se produire dans les fêtes de villages ou de familles.

Dans un premier temps, Pedro, heureux d’avoir retrouvé les siens, fait fi des difficultés auxquelles il se heurte pour trouver du travail et pour réunir les musiciens de son groupe.

Mais bientôt, à mesure que les obstacles se font nombreux, la frontière entre "ici et là-bas" ne cesse d’occuper son esprit.

Le film d’Antonio Mendez Esparza est une œuvre dont le charme et l’efficacité n’ont d’égal que la simplicité et la fluidité avec lesquelles le récit est mené.

La scène d’ouverture du film est un exemple de sa maîtrise de réalisateur.

En gros plan, apparaît sur l’écran le visage d’une femme dans le regard de qui on peut lire un mélange d’impatience et de quiétude.

Le visage s’éclaire quand une voiture apparaît dans le petit matin d’où sort un homme chargé de quelques bagages. Elle va vers lui sans hâte. Ils se rejoignent, s’étreignent avant d’emprunter ensemble le raidillon qui conduit à leur habitation.

Pas d’effusions, aucun débordement affectueux mais dans le fluidité avec laquelle s’enchaînent ces courts moments, le bonheur des retrouvailles est tellement lisible.

Tout le film fonctionnera de la même façon. Le bonheur est réel, palpable tout comme les moments difficiles sont silencieux mais toujours presqu’apaisés.

Le premier matin du retour de Pedro, lorsque celui-ci, avec une sorte de prudence, propose à ses filles de partager leur petit déjeuner, rien n’est dit et pourtant on décèle dans le regard des deux gamines qui ont grandi sans leur père, la simplicité de la relation qui s’annonce ; mais à d’autres niveaux, la difficulté qu’il y aura pour chacun, à se redécouvrir et à s’apprivoiser.

Pour l’adolescente en début de rébellion et la benjamine plus douce, le père resté longtemps absent est encore le visiteur, presqu’un inconnu.

Pedro allant chercher ses filles à la sortie de l’école et leur paisible retour à la maison par le raidillon ; une promenade de toute la famille jusqu’au bord de la rivière et la traversée de celle-ci en barque ; les fous-rires gênés des filles quand elles écoutent le cd qu’a enregistré leur père ; le moment de belle complicité quand les filles et la mère mettent une obole dans le corbillon disposé devant le père qui chante, s’accompagnant à la guitare, autant de moments minuscules mais chaleureux qui marquent des points dans la reconstruction de la famille.

Mais le rêve américain menace encore Pedro et les siens, comme il vient jeter une ombre sur les amours juvéniles de Léo et Carla, un couple d’adolescents du village.

Lui qui ne veut pas passer sa vie à travailler aux champs. Elle, lycéenne, qui sent poindre le danger de l’attirance de son fiancé pour le "Nirvana".

Un film magnifique dans sa simplicité et dans sa grande modestie.

Francis Dubois

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