Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 mai au Lucernaire

« Ici, il n’y a pas de pourquoi » Réduc’Snes

Un homme est arrêté, transporté comme du bétail et incarcéré dans un camp. Mis à nu, tondu, tatoué, on lui enlève tout, même son nom, il n’est plus qu’un numéro qui ne porte la trace que de la date de son transfert et du numéro du convoi qui l’a amené au camp. Désormais, son seul objectif consiste à survivre, jusqu’au printemps tout au moins. Il ne pourra surmonter la faim, la soif, le froid, le travail forcé, les coups, les appels épuisants sous la morsure du gel qu’en assimilant les codes, aussi obscurs que barbares, du camp. « Ici, il n’y a pas de pourquoi, la raison d’être d’un camp, c’est la démolition de l’homme ».

Théâtre : Ici, il n'y a pas de pourquoi

Primo Levi, aidé par Pieralberto Marché, avait tiré une adaptation théâtrale de son chef-d’œuvre Si c’est un homme . Tony Harrisson et Cecilia Mazur en ont gommé les éléments qui le situaient complètement dans les camps d’extermination nazie. Ce faisant, ils lui ont donné une dimension universelle de dénonciation des horreurs que des hommes peuvent imposer à d’autres hommes dans le cadre d’une guerre. On entend la souffrance des victimes, leur lutte pour survivre, pour résister à la déshumanisation qu’on leur impose, pour garder une identité, pour conserver des souvenirs. Face à la brutalité bestiale qui les entoure, des gestes de fraternité émergent parfois, qui leur permettent de ne pas oublier qu’ils sont des hommes.

Tony Harrisson a mis en scène et interprète le texte de Primo Levi. Sa silhouette massive se dessine dans l’espace nu et sombre de la scène. Peu à peu apparaissent des espaces cernés de pieux de bois qui l’enferment comme les grilles d’une prison ou d’un camp. Au centre de la scène est placé un tabouret où se découpe un cercle lumineux, symbole d’un espoir de sortie de cet univers aux règles aussi obscures que cruelles. L’acteur, qui a joué dans des mises en scènes de Peter Brook ( Le costume ), d’Irina Brook et de Philippe Adrien, porte le texte. Courbé par la fatigue et le désespoir, il se redresse aux rares moments d’espoir, s’agite pour trouver une place sur sa couchette partagée avec un plus grand et plus massif que lui, raconte le travail, les coups, les appels, l’infirmerie. La musique joue un grand rôle dans le spectacle. Le son métallique et froid du hand pan, magnifiquement joué par Guitòti, crée l’univers sonore du camp, le train, le vent, la cloche du réveil, le bombardement. Elle accompagne les paroles de l’acteur et par sa rythmique, elle nous imprègne de l’atmosphère tragique du récit tout comme des percées d’espoir. On en sort bouleversé.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « À deux heures du matin »
    Pourquoi cet homme n’a-t-il pas allumé son téléphone portable depuis trois jours, pourquoi a-t-il effacé son compte facebook pour le rouvrir peu après sous un autre nom, pourquoi n’a-t-il pas pris... Lire la suite (17 septembre)
  • « Danser à la Lughnasa »
    Un jeune homme se souvient de l’été 1936 dans la maison familiale isolée en Irlande où il vivait avec sa mère et ses quatre tantes. Michaël s’en souvient car il y eut cet été là le retour de son oncle,... Lire la suite (16 septembre)
  • « Les naufragés » suivi de « La fin de l’homme rouge »
    Après Ressusciter les morts , Emmanuel Meirieu s’attache à nouveau à adapter deux livres témoignages, Les naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck et La fin de l’homme rouge de... Lire la suite (16 septembre)
  • Théâtre 14
    Les nouveaux directeurs du théâtre 14, Mathieu Touzé et Édouard Chapot, proposent aux abonnés et aux curieux, pendant la durée des travaux au théâtre qui vont durer jusqu’au 20 janvier, UN PARCOURS... Lire la suite (13 septembre)
  • « Tempête en juin »
    Ce sont les deux parties de Suite française que Virginie Lemoine et Stéphane Laporte ont adapté et mis en scène (Virginie Lemoine seule pour la seconde partie) dans ces deux spectacles. Irène... Lire la suite (13 septembre)