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Un film de Jean-Jacques Andrien (France)

"Il a plu sur le grand paysage" Sortie en salles le 14 mai 2014.

A la fin des années soixante-dix, après avoir passé de longues périodes dans la région d’Aubin-Neufchâteau, non loin de Liège en Belgique, Jean-Jacques Audrien écrit le scénario d’un film de fiction qu’il réalise en 1981.

"Le grand paysage d’Alexis Droeven" est l’histoire d’un jeune agriculteur qui, à la mort de son père, se pose la question de savoir s’il va reprendre l’exploitation familiale ou si, comme le préconisait le vieux paysan avant sa mort, la ferme devra être vendue.

L’histoire de famille et la question posée sont assorties de manifestations de paysans luttant comme aujourd’hui contre les menaces qui guettent les exploitations et des conflits linguistiques qui, à l’époque, secouaient le pays.

"Le grand paysage d’Alexis Droeven" dont la distribution réunit Jerzy Radziwilowicz (" L’homme de fer" et " L’homme de marbre" de Wajda), Nicole Garcia et Maurice Garrel ressortira sur les écrans le 13 août 2014.

Trente-deux années plus tard, Jean-Jacques Andrien revisite ce même paysage fait de prairies doucement vallonnées s’étalant à perte de vue et au milieu desquelles subsistent quelques fermes isolées.

Le documentaire qu’il réalise en 2013 (dont la préparation a commencé dès 2007) et qui a pour titre " Il a plu sur le grand paysage" découvre une nouvelle réalité où les changements redoutés l’ont emporté sur la continuité souhaitée et sur les revendications de l’époque.

La population agricole active est passée de 5% à moins de 1,5 % alors que l’échelle des exploitations qui sont restées a fortement augmenté.

Les agriculteurs qui ont persisté dans l’exploitation de leurs terres connaissent une forte dépendance vis-à-vis des investissements et des banques (Les emprunts pour moderniser le matériel peuvent être exorbitants et courir sur trente ans).

La diminution du nombre d’agriculteurs a modifié la cohérence de la communauté villageoise, entraîné une perte du lien social : disparition des petits commerces, des cafés où l’on se retrouvait, des fanfares locales…

Aujourd’hui, l’agriculteur européen doit faire face aux règles de la PAC (Politique Agricole Commune) de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et du GMT (Grand Marché transatlantique) . Cette nouvelle donne entraîne des investissements importants et plonge le petit exploitant dans une grande insécurité économique.

En trois générations d’agriculteurs, les conditions d’exploitation sont passées de contraintes locales aux lois du marché mondial de rentabilité maximale.

L’agriculteur, autrefois autonome et maître de sa situation, est devenu une sorte de salarié dépendant, coupé de sa propre culture.

En agriculture, le passé est devenu obsolète et le futur sombre et incertain.

Le film documentaire de Jean-Jacques Andrien ne dresse pas tant le tableau d’un monde révolu qu’il ne montre des gens pris dans un processus de survie et qui ne cessent de se battre pour garder la tête hors de l’eau.

A travers de nombreux témoignages d’exploitants agricoles, il filme en même temps que la révolte, la revendication au droit d’exister dans leurs exploitations, l’amour que ces hommes et ces femmes, souvent encore des jeunes, ont pour leur métier, pour la terre et pour leurs animaux.

Au cours des manifestations et des réunions qui ponctuent des existences de colère et de combat, il s’attarde sur les visages. On y voit passer les voiles de l’inquiétude, d’interrogations profondes, de la peur de l’inconnu, de ce vide dans lequel pourrait sombrer le lendemain.

Le cinéaste filme avec force et une impressionnante ampleur la manifestation au cours de laquelle les paysans ont répandu le contenu de centaines de citernes de lait dans les champs…

Le film, qui va de l’intime au spectaculaire, sert le même message et l’état de lieux qu’il propose a souvent des accents pathétiques.

Francis Dubois

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