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Un film de Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

"Il était une fois en Anatolie" Sortie en salles le 2 novembre 2011

A travers les steppes d’Anatolie, un meurtrier tente de guider une équipe de policiers afin de leur indiquer l’endroit où se trouve le corps de l’homme qu’il a assassiné.

Cette singulière road-movie est nourrie d’intrigues insignifiantes, de révélations intimes des uns et des autres, de fausses pistes et de retours sur ses pas, de scènes nocturnes ou diurnes ; elle dure deux heures trente-sept minutes, sans qu’à un seul instant l’intérêt ne faiblisse, sans que la moindre trace d’ennui ne survienne.

Il est de temps en temps un film, une œuvre, qui semble relever du miracle- mais qui n’est en réalité que le fait de l’immense talent d’un cinéaste- dont on se dit en quittant la salle où il vient d’être projeté, qu’il se pourrait bien qu’il laisse loin derrière, à la traîne, des tas d’autres films qui ont pourtant eu, en leur temps, toute notre adhésion.

"Il était une fois en Anatolie " est de ceux-là. Tout à coup, comme par magie, il ternit le souvenir de tous les autres et parmi eux, des meilleurs.

Bien sûr, ça ne dure pas. Les autres films finissent par retrouver leurs couleurs. Mais ce qui reste, c’est le plaisir sans mélange et cette impression que tout ici est réuni pour un grand bonheur de spectateur, dans la plus grande sobriété, sans que ne survienne le moindre effet narratif.

Sont-ce les paysages magnifiques de la steppe d’Anatolie, qui sont ceux où les faits qui ont inspiré le film se sont réellement produits ? Ce pourrait être cela, si dans une grosse moitié du film, on ne se contentait de les distinguer au hasard des phares des voitures.

Sont-ce les séquelles du mystère où nous ont plongés les premières séquences, une sorte d’inquiétude persistante ? Les protagonistes qui, au fur et à mesure, se révèlent à nous comme des êtres ordinaires dont les soucis et préoccupations, en marge de l’enquête, sont celles de tout un chacun. L’assassin retarde-t-il, quand à chaque halte il dit ne pas reconnaître le lieu, le moment où il aura sous les yeux la réalité de ce qu’il a commis, ou bien était-il ivre au moment des faits et les souvenirs se sont-ils réellement dilués dans l’alcool ?

Un personnage qui se tenait en retrait dans la première moitié du film, dont on devine à son comportement, au regard qu’il porte sur le déroulement de l’enquête, et qui est le médecin délégué auprès de l’équipe, s’impose progressivement. D’observateur passif, il s’impose et le cœur du film devient son rapport avec le Procureur, et le spectateur n’a plus qu’à réviser sa vision du film à la lumière de ce nouvel éclairage narratif.

On doit à Nuri Bilge Ceylan "Uzak" qui remporta le Grand Prix à Cannes en 2003, " Les climats" sélectionné à Cannes en 2006 et " Les trois singes" où il remporta le prix du meilleur réalisateur à Cannes 2009.

"Il était une fois en Anatolie" a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes en 2011.

Toutes ses réalisations reposent sur la force de la mise en scène tout comme un roman tient par la seule maitrise du style de son auteur. C’est le cas pour " Il était une fois… " indéniablement, mais ici, on est beaucoup plus portés par les personnages que dans les autres films du réalisateur. Dans celui-ci, Ceylan est beaucoup plus réaliste. Il raconte une histoire simple, de la façon la plus simple et elle passionnante.

A aller voir toutes affaires cessantes !

Francis Dubois

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