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Un film de Baran Bo Odar (Allemagne)

"Il était une fois un meurtre" Sortie en salles le 27 avril

A la suite d’une dispute sans importance avec ses parents, une adolescente disparaît. Vingt trois ans plus tôt, Pia, une fillette de onze ans disparaissait dans des circonstances identiques et son vélo était retrouvé de la même façon, abandonné sur le flanc, en bordure du même champ de blé.
Quel rapport peut-il exister entre les deux assassinats si éloignés l’un de l’autre dans le temps et si ressemblants ?
Et pourtant, tout prête à croire qu’ils ont quelque chose en commun.
Dans "Il était une fois un meurtre" Baran Bo Odar joue sur deux genres cinématographiques différents et à priori incompatibles : le thriller et le mélodrame.

Il les associe sur les bases d’une construction narrative inversée. On connaît dès les premières images l’assassin de Pia comme on connaît l’ami qui l’accompagnait pour cette ballade en voiture qui allait virer au drame. Le spectateur sait d’entrée de jeu que le crime n’était pas prémédité mais qu’il fut le fruit de circonstances particulières, qu’à quelques secondes près la fillette aurait poursuivi son chemin et les deux hommes rejoint paisiblement leurs domiciles respectifs.
Lorsque, vingt trois ans plus tard, se produit le second assassinat au même endroit, plus personne n’est dans la confidence et le spectateur comme les protagonistes du film n’ont, à propos du second drame que des impressions, même si les uns et les autres savent que la réalité des faits est à portée de main, qu’ils disposent de tous les éléments pour dénouer l’énigme. Et c’est peut-être là que les deux genres cinématographiques, en se télescopant finissent par créer, mais en filigrane du récit, une atmosphère tendue et à peine oppressante.
L’homme qui a violé et tué Pia porte au quotidien le poids du crime qu’il a commis. Mais il est parvenu, avec le temps, à reconstruire sa vie, à laquelle il a intégré sa culpabilité impunie. Il s’est persuadé qu’il n’est pas un monstre mais qu’il fut simplement et malgré lui, à un instant de sa vie, capable d’un acte monstrueux. Et cette conclusion suffit peut-être à lui procurer l’apaisement. favorable à une existence normale.
Le second crime vient jeter le trouble et le doute sur tous les éléments du drame qu’on croyait acquis.
Si Baran Bo Odar réussit pleinement le thriller et le mélodrame qu’il a entrepris d’associer, il réussit encore mieux à créer, impalpable, entre les deux, un récit fantôme, singulier, qui est peut-être, sinon le vrai film, le cœur de son récit.
Virtuose et passionnant.
Francis Dubois

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