Actualité théâtrale

Jusqu’au 7 février au Théâtre de Belleville

« Iliade »

Comment adapter au théâtre ce poème de 15337 vers qui raconte six jours et six nuits décisifs de la guerre de Troie ? Des batailles au sort incertain, des dieux qui soutiennent tantôt les uns tantôt les autres, des destins qui s’entremêlent, des héros avides de gloire entraînés par leurs passions, le courage, la jalousie, la vengeance, l’orgueil, tout cela vit dans ce poème. Et il y a la guerre avec son cortège de morts, de blessés, les lances enfoncées dans les gorges, les ventres transpercés, le fleuve qui charrie les cadavres, une guerre qui fait horreur, mais qui fascine aussi les hommes, une guerre où les femmes sont de toutes façons vaincues et où les hommes finissent par oublier pourquoi ils se battent.

Théâtre : Iliade

Pauline Bayle a réussi une adaptation et une mise en scène remarquables par leur intelligence. On passe de la comédie, lorsqu’on est parmi les Dieux dans l’Olympe avec leurs sentiments si humains, au poème épique quand s’égrènent les noms des héros morts ou blessés au combat, on quitte la plainte des femmes pour les discours des combattants sur l’honneur et la vengeance. Sur cette petite scène, en s’aidant de bouts de ficelle, Pauline Bayle réussit une mise en scène qui nous entraîne sur le champ de bataille. Des paillettes sur les bras d’Achille et c’est sa cuirasse que l’on voit briller dans la lumière, de la peinture rouge qui coule d’éponges et le champ de bataille se couvre de sang, des chaises d’école et c’est la tente d’Achille qui se révèle ou le mur construit par les Grecs. Et l’on entend ce texte que nous pensons tous connaître se révéler dans toute sa richesse, la cruauté des blessures infligées, les supplications des femmes et des pères, les arrières-pensées, les volte-face, la colère d’Achille, son amour pour Patrocle et le courage d’Hector.

Les cinq jeunes acteurs sont remarquables. Comme l’Iliade était un texte oral, un chant destiné à être partagé avec une assemblée réunie pour l’écouter, les acteurs vont jouer plusieurs rôles, des femmes jouent des rôles d’hommes et réciproquement. Et pourtant on ne se perd absolument pas. Pour aider ceux qui auraient un peu oublié, deux grandes feuilles de papier kraft en fond de scène posent les noms des héros, Grecs d’une part, Troyens de l’autre ! Alex Fondja est Zeus, mais aussi Andromaque et plusieurs autres personnages, tout comme Yan Tassin. Florent Dorin est Agamemnon, mais aussi Héra avec son petit soutien-gorge rouge qui séduit Zeus pour permettre à Dionysos (Yan Tassin) d’aider les Grecs en difficulté face aux Troyens. Jade Herbulot campe un Hector brave qui ne peut échapper à son devoir et se battra jusqu’au bout avec lucidité en sachant parfaitement ce que sa défaite coûtera à sa famille et à Troie. Charlotte Van Bervesselès enfin, incarne un Achille plein de fureur, qui se déchaîne après la mort de Patrocle. Son énergie, sa violence emportent tout.

C’est un spectacle plein du sang et de la fureur de la guerre, qui éblouit par l’inventivité de la mise en scène et le talent de ces jeunes acteurs. Courez-y et emmenez vos élèves !

Micheline Rousselet

Le mardi à 21h15, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h. Relâches les 13, 24 et 25 décembre, du 31 décembre au 6 janvier inclus, les 8,10 et 12 janvier

Théâtre de Belleville

94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 06 72 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)