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Un film de Valéria Gaï Guermanika (Russie)

"Ils mourront tous sauf moi" Sortie en salles le 22 avril

Vika, Katia et Janna, élèves de seconde dans un lycée de la banlieue de Moscou attendent dans la plus grande fébrilité, la soirée de fin d’année organisée par leur établissement.
L’enthousiasme des préparatifs cache mal l’appréhension qu’elles ressentent à propos de ce moment de relative liberté dont elles devinent confusément qu’il va les confronter aux premières vraies épreuves de la vie.
Valeria Gaï Guemanika vient du documentaire. C’est donc quelqu’un qui a l’habitude de filmer ce qu’elle connaît, qui puise son inspiration dans ce qu’elle a vu ou vécu."Ils mourront tous sauf moi" est son premier long métrage de fiction.
Le sujet n’est pas neuf. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte est le thème récurrent que choisissent de jeunes cinéastes à la recherche d’un traitement singulier qui fasse d’un sujet maintes fois traité, une œuvre personnelle et originale. Les souvenirs de leur propre jeunesse les guident généralement dans cette quête. Ce qui renouvelle ici l’intérêt de la démarche, c’est l’extrême précision, la justesse avec lesquelles la réalisatrice saisit ses personnages au moment où elles ne sont pas encore dans la vraie rébellion et pas non plus sorties de la docilité de l’enfance. A ce moment, peut-être le plus vulnérable, où les velléités de révolte se cassent le nez sur une candeur et une naïveté que masquent mal des postures de conquérants et des accoutrements provocateurs.
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"Ils mourront tous sauf moi" est un film anguleux, construit "à la serpe" de la façon la plus brute qui soit tant d’un point de vue narratif que par la façon dont les scènes sont filmées. Rien n’est embelli, ni les visages ni les corps ni la photographie générale au grain épais.
Le film vaut également par la peinture qu’il fait de la société, plus précisément de cette tranche de la population modeste qui vit à la périphérie des grandes villes et trouve ses repères et sa dignité dans l’austérité et l’application obtuse de valeurs morales.
Le choc qui se produit entre les générations est d’autant plus douloureux que les méthodes d’éducation ancestrales en sont encore aux châtiments corporels, à la claustration. C’est la rupture qui en découle, un mélange d’innocence et de frustration qui vont précipiter les événements et faire brûler les étapes aux trois protagonistes du récit. Celle qui aura abusé de l’alcool n’aura rien vu de la fête, celle qu’un don juan de quartier aura entraîné dans un lieu sombre déclenchera les foudres d’une rivale aguerrie et la troisième va connaître dans les bras d’un garçon à peine moins naïf qu’elle, ses premiers émois amoureux.
" Ils mourront tous sauf moi" n’est pas un film de plus sur le sujet. C’est une œuvre âpre, rugueuse, douloureuse, un regard sans concession sur une société en questions où parents, enseignants et enfants tentent, dans la tourmente d’un monde en mutation, de garder le cap.
Francis Dubois

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