Actualité théâtrale

Théâtre 71 Scène nationale de Malakoff, partenaire Réduc’Snes jusqu’au 28 mars 2014

"Immortels" Texte et mise en scène de Nasser Djamaï.

La bonne idée du spectacle était de faire, à partir du regroupement de sept grands adolescents proches les uns des autres de longue date, le portrait de la génération actuelle.

Une génération prise à la fois dans ses élans, ses inquiétudes et ses paradoxes, son discours puéril et une étonnante maturité, sa conception des rapports humains en général et de l’amitié et de l’amour, en particulier.

L’idée réductrice du sujet est sans doute de l’avoir fait reposer sur un événement dramatique : la mort accidentelle et inexpliquée de Samuel, le grand frère de Joaquim.

Dès lors, la porte est ouverte à des clichés qui auraient pu être évités.

Joachim, le plus jeune, pas intégré à la bande jusque-là, en se fixant l’objectif de faire la lumière sur la mort de son frère, va créer un malaise et déclencher des difficultés puis des conflits, à l’intérieur du groupe.

Sans doute, au lieu de s’appuyer sur un événement saillant dramatique aurait-il été préférable de s’en tenir à une simple chronique autour des rapports entre ces jeunes gens.

Car ce sont les scènes "ordinaires" entre les personnages qui sont les plus réussies, celles qui font mouche et reflètent le mieux l’image de cette génération dont la caractéristique majeure est le tâtonnement dans tous les domaines.

La mort de Samuel qui le hisse au niveau d’une sorte d’idole, en multipliant les ramifications dramatiques, fait déboucher le récit vers un lyrisme parfois excessif qui, trop souvent, fausse la donne initiale : le portrait d’une jeunesse prise dans l’incertitude de l’avenir, dans la précarité et dans un "zapping" incessant.

Pour William, Mona, Chloé, Isaac, Fausto et Linda, comment faire pour restituer son équilibre au clan, au-delà du chiffre idéal de 6 ?

Tout est mis en place pour réinventer la magie, reconstituer le cercle parfait et trouver une place à ce septième morceau que représente Joachim ?

Pour certains, comme William et Mona, la solution est de faire de Joachim, la réincarnation de Samuel, poussant ainsi le jeune frère à une identification artificielle, à un aveuglement dangereux et à une surévaluation de sa personne.

Dans ce monde traversé par les ombres du passé, dans une quête initiatique qui se situe entre songe et réalité, le tracé véridique des personnages finit par se dissoudre.

Il vacille d’autant plus que Nasser Djemaï, passe dans le discours et les agissements de ces jeunes gens, du propos naïf (incompréhension du rôle du policier) au discours très élaboré (analyse pointue de la crise monétaire) en passant par la tentation de la phase révolutionnaire

(comment fabriquer un cocktail Molotov).

Malgré certains excès d’écriture, la création d’atmosphères pas toujours réussies, une mise en scène parfois "appliquée" "Immortels" est loin d’être un spectacle à dédaigner. Il rejoint, au final son objectif premier : dresser le portrait de la jeunesse "droite dans ses égarements", en ce début de millénaire.

Francis Dubois

Théâtre 71 Scène nationale 3 place du 11 novembre 92 240 Malakoff.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 55 48 91 00

www.theatre71.com

En tournée :

Le 4 avril 2014 Théâtre Liberté Toulon.

Du 8 au 11 avril L’Apostrophe-Scène Nationale Cergy Pontoise.

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