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Un film de Hong Sangsoo (Corée du sud)

"In another country" Sortie en salles le 17 octobre 2012

" In another country" se présente sous la forme de trois courts récits joués par les mêmes comédiens dans des partitions voisines et de nombreuses interférences de situations identiques.
Dans le premier volet, Anne, une réalisatrice française connue, rend visite à un ami coréen également réalisateur de films. Ensemble, accompagnés de son épouse enceinte, il vont en villégiature à Mohang-ni. Pendant leur séjour, Anne fait la connaissance d’un maître-nageur qui ne la laisse pas indifférente.

Dans le deuxième récit, Anne qui est mariée à un français, cadre dans l’industrie automobile, profite d’une absence de son mari, pour donner rendez-vous à son amant Munsoo, un réalisateur coréen. Son chemin croise un maître–nageur.
La troisième Anne est sous le coup de la rupture avec son mari parti vivre avec une coréenne.
Pour se distraire, elle voyage avec une amie qui enseigne le folklore à Jeanju. C’est ainsi qu’elles débarquent à Mohang-ni. Elle rencontre un moine tibétain et échange avec lui avant d’avoir une courte aventure avec un maître-nageur.
"In another country" est un film aérien, un exercice de style, une sorte de "fantaisie" qui fonctionne sur une très habile et acrobatique construction.
Anne, le personnage central est dans chacun des trois récits, à la fois la même et à la fois une autre et Isabelle Huppert, dont le talent est infini lui donne en même temps qu’une étonnante légèreté, la gravité de la solitude et du désarroi.
Il faut l’avoir vue courir à petits pas serrés derrière son amant, minauder comme personne et donner ses répliques en anglais avec une sorte d’étonnement permanent, ou charger lieux communs et clichés de toute la palette de son talent. Un vrai régal.
Les trois récits se passent dans le même lieu. C’est le même appartement avec balcon qui sert de chambre d’hôtel. Le paysage est le même également, sorte de lagune vaseuse dans l’attente de la marée. Même promenade pédestre à la recherche de la seule curiosité touristique du lieu, un phare introuvable qui ne trouvera sa concrétisation que dans la lampe en forme de phare qui sert au maître-nageur pour éclairer sa tente.
Même hésitation d’Anne quand elle arrive à la croisée de plusieurs chemins.
Le film de Hong Sangsoo a sa propre existence. Son originalité réside dans l’art avec lequel le cinéaste entrecroise les trois histoires qui sont pourtant étrangères les unes aux autres. Les mêmes dialogues reviennent et ont à chaque fois, à la lumière du récit, une tonalité nouvelle. Il en est de même des décors et des personnages saisis dans un léger décalage narratif qui flirte ici et là avec le surnaturel ou l’onirisme.
Le film a son charme, sa drôlerie, sa construction ludique mais que serait-il sans la présence d’Isabelle Huppert, magnifique, inventive, espiègle. On se dit qu’elle ne pourra jamais, une autre fois, dépasser sa dernière performance et pourtant, à chaque fois elle se renouvelle pour notre plus grand plaisir. Quelle comédienne et du coup, avec en plus le talent de Hong Sansoo, quel moment de cinéma réjouissant !
Francis Dubois

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