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Un film de Philippe Barassat (France)

"Indésirables" Sortie en salles le 18 mars 2015

Aldo, un jeune infirmier qui prend la vie comme elle vient, vit avec Lucie une histoire d’amour sans ombrage jusqu’au jour où il se retrouve sans emploi.
Comment faire alors pour permettre à sa compagne de payer la fin de ses études ?
culture/cinéma
Après une première expérience accidentelle plutôt concluante, il devient accompagnant sexuel pour personnes handicapées, aidé moralement par deux amis de Lucie non-voyants, qui lui trouvent de bonnes raisons de le faire.

De rencontre en rencontre, il vivra dans une sorte d’innocence des expériences très différentes allant de la douce et sentimentale Stéphana au cynique Emmerich en passant par un étrange couple formé par Andréas et sa sœur mutique.
Cette nouvelle activité qu’il ne pourra cacher longtemps à Lucie l’entraînera dans des expériences dont il sortira transformé.

Qui sont les indésirables du titre ? Ce sont des personnes handicapées qu’une altération physique, mentale ou comportementale tient éloignées de l’attirance physique et du désir.
Pour pouvoir prétendre à une vie sexuelle et l’illusion qu’elles sont sinon désirables, du moins physiquement "approchables", le seul recours pour elles est de faire appel à des personnes payées pour cela."Indésirables" est, de ce point de vue, plus un film sur la prostitution que sur le handicap.

Membre du Strass (syndicat du travail sexuel) Philippe Barassat milite depuis longtemps pour la reconnaissance sans contrepartie de ce métier si injustement honni.
La France s’est souvent trouvée en position d’interdire la prostitution et elle est allée jusqu’à la tentation de faire tomber sous les coups de la loi, les consommateurs.

La question de l’assistanat sexuel pour personnes handicapées, juridiquement reconnu et subventionné dans de nombreux pays européens, rejoint ici ce débat français.C’est une revendication récurrente au sein d’associations de personnes handicapées.
Pourquoi, ceux qui se présentent ou que l’on se représente comme des montres (étymologiquement, celui qu’on montre) seraient-ils écartés de toute vie sexuelle ?

La force du film de Philippe Barassat est dans le personnage d’Aldo. Le jeune homme, présenté dès les premières images comme quelqu’un de spontané et de candide a dès sa première expérience (qui aurait pu rester isolée), cette facilité (générosité profonde ) à faire abstraction chez sa partenaire de ce qui fait sa différence.
Pour Aldo, il semblerait que les critères de beauté, de séduction n’existent pas et que son élan vers les personnes, relève d’une sorte de spontané don de soi.
Aldo est un ingénu et Jérémie Elkaïm qui l’interprète oriente son jeu dans ce sens avec un naturel particulièrement convaincant.
Dès lors, tout est possible et il offrira ses "services" de beau jeune homme, à une grande brûlée, à l’hystérie délirante d’une anorexique, aux penchants homosexuels d’un trisomique avec un professionnalisme mâtiné d’une naturelle bonté à aller vers l’autre.

Aldo poussera le don de soi jusqu’à accepter de participer à une fête réunissant des handicapés et à porter un harnachement qui va le mettre au même niveau de handicap que ses hôtes, à se frotter à leurs impossibilités et à l’humiliation qu’ils vivent au quotidien.

La cruauté du sujet est sans cesse adoucie par la personnalité du personnage d’Aldo.
Au bout du compte, on a un film étrange dans le déroulement d’un quotidien à peine décalé, une œuvre personnelle et d’une grande sincérité.

Francis Dubois

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