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Un film de Tony Gatlif (France)

"Indignados" Sortie en salles le 7 mars 2012

Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et la lecture du livre de Stéphane Hessel, "Indignez-vous" ont amené Tony Gatlif à réaliser un film sur la situation des laissés pour compte de la société, les Roms, les sans-papiers et tous ceux qui survivent à la marge, dans des pays d’Europe qu’ils avaient crus, depuis les leurs, être des terres d’accueil, des pays de cocagne.
Les pogroms qui ont eu lieu un peu partout en France après le discours de Sarkozy : camps de Roms incendiés, cocktails Molotov lancés contre les baraquements, mort d’un homme dans l’incendie d’un squat, ont ajouté à la colère du cinéaste engagé qu’est Tony Gatlif né en Algérie d’un père Kabyle et d’une mère gitane, dont la filmographie comporte de nombreuses œuvres parlant des Roms de tous les pays.

A travers l’errance d’une jeune africaine qui semble avoir échappé au naufrage d’une embarcation de fortune, depuis la Grèce où elle échoue jusqu’en France et en Espagne où elle subit brimades et violences, connaît la peur, les campements sommaires, les nuits sous les ponts, les petits commerces à la sauvette, les poubelles des supermarchés, Tony Gatlif dresse l’état des lieux de cette terrible situation qui se situe bien au-delà d’une précarité économique qui gagne du terrain, de ces gens sans port d’attache, perdus dans des pays inconnus et hostiles pour qui, il est peu dire que le lendemain est incertain.
Le cinéaste associe la situation de ces hommes et des ces femmes démunis et sans avenir au mouvement des "indignés" et à "l’insurrection pacifique" à laquelle il est associé.
Il filme à partir des couchages sommaires alignés sur les quais d’une gare désaffectée, d’une épave de camion squatté, des errances et de la débrouillardise pour survivre, l’existence de ces personnes auxquelles, un fond d’espoir permet de trouver le moyen de sourire encore.
Si Tony Gatlif évite le misérabilisme, s’il ne force pas sur l’apitoiement, il ne réussit pas pour autant son film dont le propos louable se perd dans une surabondance d’images inutiles et trop souvent sophistiquées et à deux reprises dans des illustrations d’une naïveté déconcertante. Il en est ainsi du renard dans le poulailler censé représenter les limites de la justice et la duplicité des marchés financiers ou de la référence au marchand d’oranges tunisien dont l’immolation a déclenché la révolution où il montre un chariot de fruits se déversant, dévalant des escaliers pour enfin aller remplir le fond d’une barque à quai.
Même si un film est constitué d’images, des images surtout mises bout à bout dans une construction désordonnée, ne font pas forcément un film.
Que reste-t-il de celui de Tony Gatlif pourtant parti d’une intention louable quand la projection s’est achevée ? Des images de rassemblements pacifiques, celles de baraquements de fortune, celles à résonance carcérale de centres de rétention, celles de visages filmés en gros plan pour mieux y lire l’incompréhension ou le désarroi.
Ce goût d’amertume et ce sentiment de révolte, on les avait déjà et le film de Gatlif ne les ravive guère.
"Ça ira, ça ira" dit dans un sursaut d’espoir, Betty, la jeune africaine qu’on abandonne enfermée derrière des grilles, tambourinant contre les portes pour trouver une issue…
Francis Dubois

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