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Un film de Tariq Teguia (Algérie-France)

"Inland" Sortie en salles le 25 mars

"Rome, plutôt que vous", le précédent film de Tariq Teguia, se déroulait dans les limites d’Alger et de sa banlieue et, l’atmosphère nocturne aidant, laissait une impression d’enfermement.
"Inland" au contraire, explore une multitudes d’espaces et l’on pourrait qualifier le film de géographique. Des plaines verdoyantes des hauts plateaux jusqu’au désert du grand Sud, en passant par la steppe pré désertique, des paysages immenses se font les complices d’une narration intime aux ramifications multiples.
Malek est topographe. Il est chargé d’une mission dans les monts Daïa, une région pauvre d’Algérie qui a été très touchée par les violences islamistes dans les années 90. La mission consiste à établir les relevés qui permettront l’électrification d’un secteur non encore équipé.
Malek s’installe dans le préfabriqué abandonné par une précédente mission, un cube métallique au confort sommaire et aussitôt, s’attèle consciencieusement à son travail.
Un jour, il trouve, tapie dans un coin de son habitation, une jeune femme noire. Migrante clandestine, elle est la rescapée d’un contrôle policier.
Malek décide d’interrompre ses travaux le temps de l’aider à regagner au nord, la frontière marocaine. Mais elle, ne veut plus fuir vers l’Europe. Elle trace sur la carte de Malek une diagonale qui va, au contraire, vers le grand désert.
"Inland" qui porte un regard lucide sur l’Algérie actuelle, sans concessions ni dramatisation, se compose d’une multitude de séquences abordant chacune un problème saillant auquel est confronté le pays. On y voit une Algérie rurale vivre dans une sorte de sérénité troublante, on y rencontre des hommes déterminés à lutter pour parvenir, par la résistance, à une existence meilleure, des jeunes gens qui dans une confrontation orale, tentent de définir le choix d’une ligne de lutte…
Mais le film se compose en réalité de deux grandes parties. Une première partie qui correspond à la mission de Malek, le voyage jusqu’au camp de base, l’installation, les premières journées de travail émaillées de tracasseries administratives et de rencontres amicales.

Le silence où se cantonne le plus souvent Malek, son goût pour la solitude même s’il peut se prêter parfois à des jeux puérils, cette façon qu’il a d’être à demi présent, préparent à la deuxième partie du film qui débute avec la découverte de la jeune femme et se poursuit avec le voyage à travers le désert marqué par ses aléas et la détermination à atteindre le but. Un but qui pourrait bien-être un point de disparition mutuelle quelque part dans une atmosphère surchauffée où les silhouettes déformées des hommes s’agitent comme des insectes…
"Inland" est un film très concret avec une ligne narrative lisible qui dresse un état des lieux de l’Algérie actuelle sans retouches et sans références historiques lointaines. C’est aussi un film esthétique dont les images surexposées atteignent parfois aux domaines pictural ou chorégraphique. C’est un constat implacable, juste et intelligent qui ouvre sur un nouveau cinéma algérien. C’est en tout cas la confirmation d’un cinéaste de grand talent.
Francis Dubois

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