Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Lino Brocka (Philippines)

"Insiang" (1976 nouvelle copie restaurée) Sorti en salles le 22 juin 2016.

Insiang vit avec sa mère, la redoutable Tonya, dans un bidonville de Manille.

Malgré l’exigüité de l’habitation, Tonya héberge la famille de son mari qui a délaissé les siens pour fuir avec sa maîtresse.

Insiang fait l’impossible pour affronter les difficultés quotidiennes dans ce quartier livré au chômage, à l’alcoolisme, à la délinquance et au machisme exprimé par les hommes désœuvrés.

Elle ne cesse de relancer son petit ami pour qu’il l’épouse et qu’elle puisse enfin quitter ce quartier de misère.

Un jour, Tonya qui a ramené chez elle son jeune amant Dado, le caïd du quartier, décide de renvoyer sa belle famille.

Mais le jeune amant ne tarde pas à être attiré par le charme de sa nouvelle belle-fille….

Cinéma : Insiang

Lino Brocka réalisa " Insiang " en 1977 et son film fut la première production du cinéma philippin à être présenté à Cannes dans la section "Quinzaine des réalisateurs" en 1978.

"Insiang " est à la fois un portrait de femme bouleversant aux prises avec son milieu, une plongée dans les bas-quartiers de Manille et une œuvre qui affronte la terrible réalité d’un pays.

Il fut à l’époque l’occasion de découvrir une immense réalisateur, l’existence du cinéma philippin et d’en apprendre un peu plus sur le pays dont on savait peu de choses, sinon qu’il était sous le joug de la dictature du Président Marcos.

Le film qui renvoie au cinéma de Kurosawa (celui de " Bas-fonds " et de " Dodes’Kade n") pour la peinture des quartiers pauvres et malfamés ou à celui du Luis Bunuel de " Los olvidados ", est une œuvre personnelle qui traite le réalisme social sans se démarquer d’une certaine dimension poétique.

La scène d’ouverture avec l’abattage des cochons qui est ultra-réaliste peut se lire comme une métaphore du bidonville, sorte de monstre, produit direct de la misère profonde, qui détruit ses habitants.

"Insiang " est un film sur les rapports de domination où les personnages réagissent toujours par l’affrontement ou par le désir de vengeance

Il est aussi l’histoire immorale de deux femmes, mère et fille, qui se partagent le même homme et il est surtout, passé par la caméra de Lino Brocka et un sens profond de la mise en scène, le dépassement des limites du sujet pour dénoncer la misère et ses conséquences, les injustices sociales au sein d’un régime dictatorial et ses répercussions, dans les circonstances, sur le comportement de l’être humain…

Lino Brocka, artiste engagé qui refusait la langue de bois, a osé affronter le pouvoir en abordant dans son œuvre des sujets sociétaux très forts tels que la pauvreté, l’homosexualité ou la condition des marginaux en général. (Pour l’audace de son propos, il a même connu la prison)

Grâce à son œuvre qui alterne films "commerciaux" pour toucher un public populaire et réalisations ambitieuses politiquement et esthétiquement, le cinéaste souhaitait élever le niveau du cinéma national tout en éveillant les consciences de ses concitoyens.

" Insiang " qui fut tourné en onze jours est marqué par une mise en scène survoltée, une galerie de personnages enflammés et une bande-son qui augmente le sentiment d’étouffement.

Les films de Lino Brocka, ont permis de découvrir à l’époque, tout un pan méconnu du cinéma asiatique.

Le cinéaste disparu en 1991 à 52 ans, est considéré aujourd’hui comme un véritable héros national en son pays, un artiste qui a contribué à sa façon à la chute de la dictature Marcos.

Présenté dans sa superbe version restaurée,, " Insiang" est une œuvre puissante et essentielle à découvrir

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « L’insoumis »
    Gilles Perret ( « Les jours heureux » « La sociale ») a, pendant trois mois emboîté le pas de Jean-Luc Mélenchon au cours de sa campagne présidentielle menée tambour battant, depuis les temps forts des... Lire la suite (18 février)
  • « Winter Brothers »
    Emil travaille dans une carrière de calcaire près de la petite ville de Faxe au Danemark. Pour gagner un peu plus d’argent, il fabrique un alcool frelaté qu’il vend sous le manteau aux gens du... Lire la suite (18 février)
  • « Cas de conscience »
    Un soir, alors qu’il est au volant de sa voiture, le docteur Mariman, en voulant éviter un chauffard, renverse une famille juchée sur un scooter. Il les dédommage pour les dégâts matériels et leur... Lire la suite (17 février)
  • « Corps étranger »
    Samia a fui son pays et se retrouve dans un Paris inconnu avec une adresse en poche, celle peut-être obsolète d’un garçon originaire de son village. Mais Samia est hantée par l’idée d’être retrouvée... Lire la suite (16 février)
  • « Vivre ensemble »
    Alain est professeur d’histoire dans un lycée parisien. Il mène une vie de couple sans histoires avec Sylvie. Julie déambule dans le périmètre de Saint-Germain-des-Près et passe son temps aux terrasses... Lire la suite (13 février)