Actualité théâtrale

Jusqu’au 16 octobre au Théâtre 71 de Malakoff

« Intrigue et amour »

Écrite par Schiller alors qu’il n’a que 24 ans, cette pièce est considérée comme l’œuvre fondatrice du théâtre romantique allemand. Elle conte l’histoire d’amour entre un jeune aristocrate Ferdinand, fils unique du Comte Président Von Walter, et la fille d’un modeste professeur de musique, Louise. Pour le père de Ferdinand cet amour est impossible. Il veut marier son fils à la maîtresse du Duc pour gagner ses faveurs et va monter une cabale contre Louise qui broiera les deux jeunes gens.

Théâtre : Intrigue et amour

Yves Beaunesne, le metteur en scène, a réussi à saisir l’esprit de l’époque où Schiller a écrit son drame, celui des révolutions qui s’annoncent, du vent de liberté qui souffle, mettant en cause le pouvoir des pères et celui des aristocrates méprisant la bourgeoisie. On est dans une époque qui veut lutter contre l’injustice, délivrer l’individu du carcan de son appartenance à une classe sociale et qui affirme la légitimité de la recherche du bonheur. Schiller est lui-même, au moment où il écrit la pièce, victime de l’arbitraire du Duc de Wurtemberg qui prétend lui interdire d’écrire. La pièce résonne donc en écho à sa propre situation et il y fait des allusions nettes à la corruption du pouvoir. La traduction de Marion Bernède prend le parti de la modernité n’hésitant pas à adopter un ton populaire, voire trivial, ce qui a toutefois l’inconvénient de déclencher dans la salle des rires à contre-temps.

La scénographie mêle rideaux, piano, voile dans un désordre qui évoque un champ de bataille où la jeunesse combat contre l’absolutisme, l’injustice sociale, mais aussi contre la tyrannie des pères. On pense aussi au bouleversement qui accompagne la transition entre l’Ancien Régime et les idées nouvelles. Peut-être en référence au fait que la pièce a donné naissance à un opéra de Verdi, Luisa Miller , Yves Beaunesne a introduit des moments chantés entre les séquences. La musique est de Camille Rocailleux. Mélange de rock et de ballade, elle est chantée et accompagnée par les dix comédiens.

Jean-Claude Drouot campe avec talent le Comte-Président, un homme autoritaire qui ne saurait accepter qu’on le contredise. Arrogant et cynique, il est prêt à broyer ces bourgeois qu’il méprise et même son propre fils pour couvrir ses malversations. Philippe Frétun incarne un homme qui veut le bonheur de sa fille mais est persuadé qu’on ne peut pas sortir de sa condition et que l’amour de sa fille pour Ferdinand ne peut que la conduire au malheur. Pour lui, les aspirations de justice sociale de la bourgeoisie ne peuvent qu’être brisées. Á l’inverse, sa femme (Sophia Leboutte) incarne une bourgeoise ridicule qui imagine qu’elle va grâce à sa fille pénétrer le monde de l’aristocratie. Mélodie Richard est une Louise passionnée et délicate dont les élans se briseront sur la dure réalité politique et sociale.

La pièce sonne encore aujourd’hui comme un cri de révolte contre la tyrannie politique mais aussi contre un ordre social qui entrave l’élan de la jeunesse et contre les pères qui n’hésitent pas à sacrifier le bonheur de leurs enfants pour sauvegarder leur position sociale.

Micheline Rousselet

Mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 16h

Théâtre 71

3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 55 48 91 00

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