Actualité théâtrale

Au Tarmac, jusqu’au 18 février 2012

"Invisibles" Texte et mise en scène Nasser Djemaï

Au moment où Driss, Hamid, Majid commencent la rituelle partie de dominos quotidienne sur la table en formica de la salle commune du foyer Sonacotra, Martin fait son apparition.

© Philippe Delacroix

Le jeune homme est porteur d’un coffret qu’il doit remettre en main propre à un des pensionnaires du foyer. C’est la mission que lui a confiée sa mère avant de mourir.
Qui est le destinataire ? Qui sont ces hommes vieillissants qui l’accueillent d’abord sans enthousiasme, pour qui ce qui est extérieur à leur périmètre de vie représente un danger mais qui ont finalement le cœur sur la main ?
Ce sont eux, les invisibles, les Chabanis (ce qui, en arabe dialectal veut dire cheveux blancs).
Ils sont venus d’Algérie après la seconde guerre mondiale à laquelle ils ont, pour beaucoup d’entre eux, participé dans les rangs de l’armée française. Ils sont restés en France, ont connu l’exploitation industrielle, des conditions de vie pitoyables. Ils ont dû baisser la tête, faire face à l’atteinte à leur dignité, au mépris et ça leur est resté…
Ils ont vécu l’arrachement au pays, à la famille. Ils sont devenus de vieux célibataires mais ils se sont toujours contentés de ce qu’ils avaient.
"Invisibles" est l’histoire du face à face entre un jeune homme qui n’a pas connu son père et de vieux hommes qui eux, n’ont jamais connus leurs enfants.
S’il n’évite pas toujours un débordement de bons sentiments, le texte de Nasser Djamaï, bien soutenu par un groupe de comédiens enthousiastes, échappe au misérabilisme. Le ping-pong des répliques, un dialogue imagé, les personnalités contrastées des protagonistes, une bonne humeur qui n’exclut pas les prises de bec et les affrontements, soutiennent sans cesse l’intérêt.
Si on ne perd jamais de vue la détresse masquée, l’isolement de ces hommes, le désarroi qui se cache derrière la boutade, on n’est pas très loin de l’humeur méridionale de Pagnol.
La partie de dominos, puis la partie de cartes, y font penser mais aussi la drôlerie qui résulte des rituels, des habitudes ancrées, du rôle de chacun dans la communauté, des joutes et des fausses colères.
Il n’était pas inutile de faire la lumière sur ces hommes de l’ombre, de redessiner le contour de ces invisibles.
La pièce de Nasser Djemaï a la générosité de ses personnages. L’auteur donne la clé de son travail dramaturgique quand il déclare "Je ne suis qu’un français qui raconte l’histoire de son pays".
Francis Dubois

Le Tarmac
Scène internationale francophone
159 avenue Gambetta 75 020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes = tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 64 80 80
www.letarmac.fr

22 & 23 février Maison de la culture de Bourges
13 mars Théâtre d’Aurillac
20 au 22 mars L’Apostrophe (Scène nationale de Cergy Pontoise)
29 & 30 mars Le Fanal (Scène nationale de St Nazaire)
25 avril au 6 mai Théâtre de Vidy (Lausanne)

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