Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 12 février 2011

"Ithaque" d’après "Les chants du retour d’Ulysse" de Botho Strauss. Mise en scène Jean-Louis Martinelli

L’Odyssée est un des textes fondateurs qui a souvent servi et sert encore souvent de matrice à des fictions contemporaines. Botho Strauss, dans son travail d’écriture avec "Ithaque", est sans cesse passé du monde d’Homère à celui d’aujourd’hui.
"Ithaque" est l’histoire de retour du plus humain des héros grecs, homme prudent et malin condamné à un retour sans fin. C’est aussi l’histoire de Pénélope, la fidèle qui, pendant les années d’attente, a su résister à l’arrogance et aux assauts des prétendants.
Le texte de Botho Strauss joue à rendre compatibles les règles du théâtre grec avec le monde contemporain et les comportements de l’homme d’aujourd’hui.
Jean-Louis Martinelli se l’est tenu pour dit et il a calqué sa mise en scène sur les allées et venues de l’auteur, entre un univers et l’autre. Le premier regard sur le décor donne à voir un mélange des deux avec un espace de colonnes, un escalier monumental d’une part, et un espace de béton ou un mobilier résolument contemporain de l’autre…

Crédit photo_ Pascal Victor

Il en est de même des costumes où l’on passe de l’iconographie de la Grèce antique aux signes du vestimentaire moderne allant parfois jusqu’à l’excès, flirtant avec la facilité, avec des personnages portant lunettes Ray-ban, jean ajustés, allant dans leur comportement et leur gestuelle jusqu’à des débordements de mauvais goût.
Le respect dont Jean-Louis Martinelli fait preuve face aux indications contenues dans le texte de Botho Strauss, au lieu de provoquer une vraie cohérence, produit un phénomène redondant, comme un double usage et le résultat de l’ensemble s’en trouve un peu affaibli.
Le reste souffre d’un effet de cascade et Charles Berling, qui joue Ulysse dans ce qu’il a de plus humain, nous a semblé un peu paresseux, nonchalant, même s’il fait montre ici ou là d’inventivité et trouve parfois une vraie veine de jeu.
Ronit Elkabetz a une démarche altière et le beau visage d’une tragédienne…
Il faudra peut-être quelques représentations de plus pour que les qualités de la mise en scène de Jean-Louis Martinelli prennent le pas sur les tâtonnements qui nuançaient le plaisir, le soir de la première publique.
Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso
92 022 Nanterre Cedex
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 14 70 00
www.nanterre.amandiers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)