Actualité théâtrale

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 24 avril 2011

"J’ai couru comme dans un rêve" Création collective de la compagnie "Les sans cou"

Le prétexte de départ du spectacle que propose la Compagnie "Les Sans cou" au Théâtre de l’Atalante," J’ai couru comme dans un rêve ", la mort très prochaine d’un jeune homme souffrant d’une tumeur galopante au cerveau, ne doit pas arrêter le spectateur, surtout s’il est friand de théâtre libre et inventif, mêlant le joyeux et le pathétique dans un esprit ludique de vraie fête créative.
Le spectacle est tout ça. Il joue sur les ruptures de ton, flirte avec tous les genres théâtraux, allant du drame au vaudeville, de l’antique au moderne, égratignant au passage la télévision du sensationnel ou le monde de l’internet et quelques autres travers du quotidien de notre société.

Photo Ghislain d’Orglandes

Le sujet de la mort prochaine est là, avec tous les questionnements qui peuvent s’en suivre. Aller vers l’essentiel en faisant fi des difficultés qui se placent en obstacle, nier les faits ou choisir la solution, pour ces derniers moments de vie, de réunir autour de soi les membres de sa famille, ses amis même si on prend le risque, en entamant cette démarche, de mesurer les limites de ces valeurs sûres.
Les frères, en fonction du métier qu’ils exercent, l’un est journaliste télé, l’autre est médecin, un troisième peut-être cuisinier épicurien, ouvrent sur autant de thèmes à aborder dans des tonalités théâtrales libres et variées. Et l’oncle Benz, celui qui les a tous élevés à la disparition des parents, qui a raté sa vocation d’acteur et répète seul chez lui les tirades des pièces de Shakespeare.
L’autre partie du spectacle prend vie avec l’apparition du quatrième frère, ou peut-être est-ce l’ami de toujours ? celui qui va apprendre au futur mourant qu’il est l’auteur de son histoire, du scénario de sa vie et de son histoire tragique.
C’est alors qu’on passe d’un traitement réaliste à un mode onirique où le personnage principal sera amené à voyager dans le temps jusqu’à rencontrer son fils à son âge et toute une série de personnages qui ont marqué l’histoire de l’humanité.
Ce choix d’un récit acrobatique pouvait déboucher sur un spectacle éclaté, ratissant trop large, où l’on aurait eu toutes les chances de s’égarer en route.
C’est tout le contraire qui se produit et c’est la construction extrêmement maîtrisée qui est un atout de la pièce. Elle en possède bien d’autres comme les qualités de présence et de jeu des comédiens enthousiastes et superbes, comme les costumes, le travail sur les lumières.
Tout cela baigne dans la simplicité et la modestie, dans une humilité créatrice triomphante.
Bravo !
Francis Dubois

Théâtre de l’Atalante
10 Place Charles Dullin 75 018 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 06 95 33

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