Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point -Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 30 décembre 2012

"J’ai passé ma vie à chercher l’ouvre-boîtes" de Maurice-Domingue Bathélémy Mise en scène le Claude Aufaure.

Le texte loufoque, déjanté, mais qui ne fait rien d’autre que traduire à sa façon le quotidien ordinaire revu et corrigé par Maurice-Domingue Barthélémy, est ici en de bonnes mains.

Celles de Claude Aufaure qui en assure la mise en scène ; ce comédien qui, en même temps qu’il travaillait avec Vitez, Chéreau, Blin, Lavelli ou Jacques Mauclair, a été le compagnon de travail très complice de Laurent Terzieff quarante ans durant, autour d’auteurs aussi rares que Rilke, Eugène O’Neil, Brecht ou Ronald Harwood.

Et celles du comédien peut-être le plus singulier qu’il nous est donné de voir sur nos plateaux de théâtre, à l’accent traînant inimitable : Jean-Quentin Chatelain.

Le texte qu’a écrit Maurice-Domingue Bathélémy est souvent drôle, rythmé, avec ici et là, quelques facilités qui parfois forcent le trait.

Peut-être ne s’y attarderait-on pas s’il n’était passé par le jeu singulier, malicieux et faussement désinvolte de Jean-Quentin Chatelain qui se l’approprie, l’enveloppe de son talent, se le met en bouche avec un rythme qui semble soupeser chaque mot et inventer une respiration dont le texte s’enrichit sans cesse.

D’entrée, avec la description d’une grasse matinée contrariée et l’énumération des différentes nuisances domestiques qui tireraient du sommeil le dormeur le plus profond, le ton est donné.

Le texte de Maurice Barthélémy livre ses observations ordinaires et drôles sur les activités matinales de la maison, le mauvais fonctionnement d’une chasse d’eau, l’essorage cataclysmique de la machine à laver, la clochette agitée qui annonce l’arrivée de la femme de ménage sourde et muette ; quand ce n’est pas le chien de la maison qui, s’étant faufilé jusqu’à la chambre, se croit obligé de renouveler ses marques d’affection à coups de langue vigoureux..

Les différents aléas qui sortent le dormeur du sommeil sont à chaque fois précédés par un "soit" que l’acteur isole, qu’il précède d’une respiration. On n’est plus dans le seule énumération mais dans une sorte de délectation verbale qui crée à la fois une distanciation quant à la façon de dire et une familiarité avec le nouvel événement domestique qui surgit.

Cheveux longs filasse, pantalon de jogging fatigué, les pieds pris dans des pantoufles immondes, le comédien arpente la scène, débitant de longues phrases allongées encore par son accent traînant, s’arrêtant soudain pour un aparté, une confidence, une méchanceté, un constat qui tombe sous le sens, une évidence.

La belle rencontre d’un texte sans prétention et d’un acteur génial qui le pétrit à sa façon et en fait un moment de jubilation. Lui, à la dire. Nous, spectateurs, à l’écouter.

Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin Roosevelt 75 008 Paris

www.theatredurondpoint.fr

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) au 01 44 95 98 21

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La 7è vie de Patti Smith »
    Dans la banlieue de Marseille en 1976, une jeune adolescente au corps androgyne, timide et mal dans sa peau, entend lors d’une soirée entre amis un disque avec la voix de Patti Smith et son cri... Lire la suite (20 février)
  • « Les grands rôles »
    On entend une démarche boiteuse et un acteur arrive en traînant une chaise qui fait le bruit de sa canne. Le monologue de Richard III démarre et le rire aussi quand un acteur échappé de Lucrèce... Lire la suite (19 février)
  • « Fanny et Alexandre »
    Les spectateurs finissent de s’installer dans la salle Richelieu et Denis Podalydès s’avance au bord du plateau, vêtu d’un long manteau de scène, pour leur rappeler d’éteindre leurs téléphones... Lire la suite (18 février)
  • « La conférence des oiseaux »
    Il y a quarante ans Jean-Claude Carrière adaptait pour Peter Brook l’un des plus célèbres contes soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). La conférence des oiseaux raconte comment, encouragés... Lire la suite (14 février)
  • « Premier amour »
    Sami Frey reprend cette nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, qu’il avait créée il y a dix ans. On y trouve déjà l’image de ces clochards célestes que seront, dans En attendant Godot , Vladimir et... Lire la suite (7 février)