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Un film de Frédéric Louf (France)

"J’aime regarder les filles" Sortie en salles le 20 juillet 2011

En mai 1981, en pleine euphorie électorale, Primo et Gabrielle se rencontrent. Ils ont 17 ou 18 ans. Elle appartient à la bourgeoisie parisienne. Lui est le fils de fleuristes d’une petite ville de province. Séduit par Gabrielle et par le petit monde auquel elle appartient, Primo décide de bluffer et s’invente un pedigree…
L’idée de situer le film autour de l’élection de François Mitterrand n’était peut-être pas mauvaise pour faire un film sur la difficile rencontre de deux mondes socialement différents mais il aurait fallu que le contexte soit vraiment exploité pour trouver sa pleine justification..
A moins que Frédéric Louf, conscient de la minceur de son sujet, ait voulu le renforcer en le plaçant dans un virage idéologique marquant pouvant servir de catalyseur, à aider à la prise de conscience de Primo ?
L’histoire qu’il raconte est universelle et elle serait d’actualité quelle que soit la période où on la place. La banalité du sujet, que le traitement narratif ne relève pas toujours, bénéficie du jeu lumineux d’un trio de jeune comédiens épatants, lancés dans un marivaudage au ton renouvelé, syncopé et abrupt.

L’amoureux transi encaisse des revers douloureux et quand c’est Pierre Niney, le plus jeune pensionnaire de la Comédie Française qui l’interprète, on a affaire à un personnage candide, au charme naturel, égaré dans l’océan de sa sincérité, doublé d’un menteur qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez même s’il a la dimension de celui de Pinocchio…
Si "J’aime regarder les filles" met en présence deux filles averties et un garçon naïf mais pas tant que ça, si Primo est amoureux de Gabrielle qui ne l’aime pas et indifférent aux avances non déguisées de Dephine amoureuse de lui, on n’est pas pour autant dans l’univers de Rohmer… ni dans les ressorts de la comédie classique, même si l’on fait référence à Musset.
Ici les discours ne sont pas forcément amoureux mais, contexte exige, bavards et politiques et, pour certains, orientés vers la tonalité d’une droite dure qui s’annonce.
Certains personnages, comme le rival de Primo dans le cœur de Gabrielle, jaloux de leurs avantages, ont un regard définitivement méprisant à l’égard de tout monde qui, pour être différent du leur, est négligeable et taxé de médiocrité…
Ce petit film lumineux et cruel n’est pas sans charme mais il manque d’envergure. Peut-être parce qu’il ne choisit jamais entre le jeu amoureux de jeunes gens pour qui il n’y a aucune urgence à s’engager et la page d’histoire dont il a fait son support. Frédéric Louf manque d’ampleur et de liant.
Mais encore une fois, les jeunes comédiens sont tellement irrésistibles….
Francis Dubois

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