Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Laetitia Carton (France)

"J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd" Sortie en salles le 20 janvier 2016

Le film de Laetitia Carton est adressé à son ami Vincent qui était sourd et qui est décédé il y a une dizaine d’années. Celui-ci avait initié la réalisatrice à la langue des signes et lui avait, par là même, permis d’accéder au monde des sourds.

culture/cinéma A travers "J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd", elle lui donne aujourd’hui des nouvelles de son "pays", celui d’un monde mal connu et fascinant, celui du peuple auquel il appartenait, qui lutte toujours pour s’imposer tel quel et défendre son identité.

Tout au long de son film, elle s’appuie sur le fait que la surdité n’est pas un handicap mais une culture. Le monde des sourds est un "autre pays" auquel on accède par des passages secrets et il existe par rapport à cette "déficience", un déni très fort. L’histoire de Vincent est celle de beaucoup de sourds qui ont connu une éducation oraliste assortie du déni de leur surdité ; qui en ont souffert et qui ont découvert sur le tard (trop tard ?) la langue des signes, la culture sourde.

Laetitia Carton refuse d’attribuer à "J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd" l’étiquette de film militant. Elle préfère dire "film politique". Car les lois qui ont été votées, comme celle du 11 février 2005 qui reconnaît la LSF comme une langue à part entière ou celle datant de 2008 par laquelle la LSF devient une option pour le baccalauréat comme n’importe quelle langue et si en 2010 le CAPES de LSF a été officialisé, peu de choses ont changé réellement. Le chiffre le plus marquant est celui qui atteste que sur les 16 000 jeunes sourds en France, seuls une centaine d’entre eux bénéficient d’un enseignement des sons.

Le film de Laetitia Carton pose nombre de questions et, s’il défend sans réserve l’enseignement des signes, un choix annoncé comme le plus épanouissant pour l’individu, et s’il s’élève contre une forme d’oppression concernant un peuple qui parle "une langue minoritaire", il peut se montrer critique envers les parents qui ont opté concernant leur enfant né sourd, pour une des solutions médicales, implants et appareillages.

Si dans le film on voit des individus, enfants ou adultes, s’épanouir dans cette langue, le langage des signes, comme une option préférable, n’est-il pas également un enfermement dans un monde encore insuffisamment ouvert sur une société encore dans l’incapacité de leur répondre en conséquence ?

Car pour communiquer, les sourds qui ont été éduqués au langage des signes, n’ont-ils pas besoin d’avoir face à eux, des individus qui ont une connaissance de ce moyen d’échange et qui puissent établir un dialogue ?

"J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd" est un film généreux, minutieusement documenté, qui permet de pénétrer plus avant dans le monde de la surdité.
C’est un film ouvert, optimiste, convaincant qui montre des individus épanouis dans un monde pourtant toujours en attente d’une vraie reconnaissance.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)
  • « Trois étés »
    Chaque année, Edgar et Marta qui appartiennent à la classe de la finance du Brésil organisent une grande fête dans la luxueuse résidence d’été qu’ils possèdent près de Rio de Janeiro. La réception est... Lire la suite (9 mars)
  • « La bonne épouse »
    Paulette Van Der Beck est la directrice d’une institution pour jeunes filles dont l’enseignement se résume à faire d’elles de futures parfaites épouses et maîtresses de maison. Ce genre d’établissement... Lire la suite (9 mars)