Actualité musicale, chanson...

JAZZ Actualités discographiques (2) Ahmad Jamal, Gianmaria Testa et quelques femmes...

Un jeune homme de 82 ans…

Ahmad Jamal, comme beaucoup d’autres musicien(ne)s de jazz, se trouve orphelin d’un producteur avec la mort de Francis Dreyfus qui a « gelé » - définitivement ? – les disques Dreyfus-jazz qu’il avait créés. Dommage ! Il lui a donc fallu trouver un nouveau label. C’est « Jazz village » (distribué par Harmonia Mundi) qui a été choisi, dont la naissance coïncide avec ce premier opus. Saluons-là comme il se doit. Les mondes de l’édition de musique sont tellement étouffants…

Le pianiste/compositeur fait une nouvelle fois la preuve de sa capacité à transpercer toutes les carapaces. Une force, une énergie qui se retrouve peu dans les musiciens – un peu plus chez les musiciennes – d’aujourd’hui, réticents à se livrer corps et âme. C’est pourtant ce que le jazz réclame, détestant les à peu près, les réserves. Il ne faut pas craindre de dépasser toutes les frontières, toutes les limites. Le chef d’orchestre – même s’il est petit, il les tient bien en mains – fait converger tous les talents qu’il a réunis, Reginald Veal à la contrebasse qui s’est fait connaître chez Wynton Marsalis tout comme Herlin Riley à la batterie et son « vieux » compagnon Manolo Badrena aux percussions. Le tout, « Blue Moon », fera partie des musiques de votre monde.

Ahmad Jamal, « Blue Moon », Jazz Village/Harmonia Mundi .

 
Un homme à part, chef de gare et chanteur, italien pour tout dire.

Gianmaria Testa n’est rien de ce qu’on pourrait croire parce qu’au confluent de toutes les légendes. Chef de gare dans le civil, il chante sa nostalgie du futur et sa mélancolie. En italien, la langue qu’il faut. La traduction ne rendrait compte que d’une petite partie de son charme. Un mystère gît dans ces musiques et paroles. Il ne refuse rien, ni le jazz, ni le rock, ni les chansons italiennes aussi diverses que ces régions avec leurs spécificités culturelles. « Vitamia », titre de son album, nous fait visiter angoisses et révoltes, amours et haines pour un voyage immobile superbe. Des vitamines que chaque médecin devrait conseiller à ses patients.

 
Gianmaria Testa, « Vitamia », Le Chant du Monde/Harmonia Mundi.

 
Du côté des chanteuses…

Maria Laura Baccarini est italienne, comme son nom l’indique. Elle a commencé comme danseuse, puis a fait partie des troupes de comédies musicales – un genre qui revient à la mode. Elle propose son premier album, « Furrow. A Cole Porter Tribute », Cole Porter qui fut l’un des grands auteurs/compositeurs de comédies musicales au moment de l’apogée du genre. Un hommage qui s’éloigne de toutes les imitations pour faire rendre aux thèmes leur jeunesse, en les dynamitant par le jeu des colorations musicales et par les instruments de notre temps. C’est un hommage vivant, énergique qui ravira tous ceux et toutes celles qui n’aiment pas être submergés par les mêmes arrangements trop proches d’une imitation. Là, Maria Laura nous enferme dans cette « inquiétante familiarité » dont parle Freud. Nous reconnaissons les thèmes et, pourtant, nous sommes embarqués dans un autre voyage. Régis Huby s’est chargé de la direction musicale et des arrangements tout en jouant du violon dans ses diverses composantes – il faut l’entendre et le découvrir si ce n’est déjà fait –, Roland Pinsard est aux clarinettes, Olivier Benoît à la guitare électrique, Guillaume Seguron à la guitare basse et à la contrebasse et Eric Echampard à la batterie. Tous participent de la réussite de cet album qui donne un « coup de jeune » à la musique de Cole Porter qu’il est impossible, du coup, d’écouter comme avant.

 
La Velle est pianiste et chanteuse. Ici, pour ce « Special », elle a abandonné pour un temps le piano. En compagnie de Sangoma Everett, batteur, parolier, arrangeur et producteur pour cet album « Plus Loin Music », de Emil Spanyi au piano (et arrangeur de certaines compositions) qui fait la preuve de son talent et de Christophe Lincontang à la contrebasse, elle veut dresser une sorte de portrait du jazz qu’elle dédie à Duke Ellington, Thelonious Monk et beaucoup d’autres qui sont évoqués. Elle a invité, en plus, Jacques Schwarz-Bart au saxophone, Mathieu Michel au bugle – superbe le plus souvent – et Linda Josefowski à la flûte. Un ensemble qui s’écoute, auquel on prend plaisir tout regrettant que, de temps en temps, La Velle crie, n’arrive pas à dominer les compositions.

 
Sarah Lenka en est à son deuxième album, « Hush ! » et confirme son talent. Les influences sont encore par trop présentes notamment celle de Billie Holiday et des grands chanteuses des orchestres de Stan Kenton et de Woody Herman. Mais elle devrait faire sa place dans les mondes difficiles dans lesquelles évoluent les chanteuses de jazz. Comme Maria Laura, elle essaie de changer l’écoute des standards du jazz, du gospel et des comédies musicales. Il faut saluer cette volonté. Florent Gac au piano montre qu’il a tout retenu de l’énergie d’Horace Silver et de l’originalité de Thelonious Monk, Manu Marchès à la contrebasse et David Grébil à la batterie savent ce que trio veut dire. Les invités, Damon Brown à la trompette sait revisiter tous les thèmes et leur donner une coloration originale, Thomas Savy continue de balader sa clarinette basse comme sa clarinette et, la découverte sera celle d’Aurore Vuilqué au violon. Au total, un album qui tient des promesses non formulées. Une nouvelle génération de chanteuses arrive qui ne répète pas les anciennes et fait de l’originalité son credo, au prix quelque fois d’une forme de cliché, ici dans le grain de voix. Une bonne nouvelle.

 
Tierney Sutton n’est pas une inconnue, du moins aux États-Unis. Une de ces chanteuses qui résiste à toutes les classifications. Une voix entre le « classique » et le « moderne », capable de tout s’approprier. Elle respire l’air de Boston comme son pianiste Christian Jacob. Elle vient d’enregistrer pour « Challenge », un label européen et cet « American Road » est une réussite. Elle revisite quelques thèmes du répertoire comme « Summertime ». Elle réussit le tour de force de les faire apparaître comme écrits spécialement pour elle. Il faut l’entendre, la découvrir – si ce n’est déjà fait -, elle fait partie de la pléiade des grandes chanteuses.

 

  Nicolas BENIES.

Maria Laura Baccarini, « Furrow. A Cole Porter Tribute », Abalone productions, distribution Muséa.

La Velle, « Special », Plus Loin Music/Harmonia Mundi

Sarah Lenka, « Hush ! »,-motive records/L’Autre Distribution.

The Tierney Sutton Band, « America Road », Challenge distribué par Intégral.

Autres articles de la rubrique Actualité musicale, chanson...

  • « L’affaire Moussorgsky »
    Lorsqu’il était enfant, Alain Pierre, fondateur du septet de jazz Les 5000 doigts du Docteur K et directeur musical de ce spectacle, avait dans sa chambre un tourne-disque et des disques. Il en... Lire la suite (25 septembre)
  • La longue mémoire...
    "Le soir, je délivrais des mots de ma mémoire Que j’avais embarqués sur un grand crayon gris ; Ils respiraient encore la fureur de l’histoire Et, sur mon papier blanc ils se sont assoupis..." Sous... Lire la suite (4 mars)
  • L’intégrale Serizier
    Si vous avez manqué en janvier 2018, cet hommage à Jacques Serizier, présenté alors chez nos amis du regretté Théâtre de la Vieille Grille, ou si vous souhaitez retrouver cette présentation... Lire la suite (17 janvier)
  • « Jeanne Plante est chafouin »
    Jeanne Plante écrit paroles et musiques de ses chansons et les chante. Elle est aussi comédienne et s’est illustrée en 2016 dans un spectacle pour enfants Farces et attrapes , qui tourne encore en... Lire la suite (Décembre 2018)
  • « Bohème, notre jeunesse »
    La version française de La Bohème de Puccini est très liée à l’Opéra Comique. En 1898, moins de deux ans après sa création en italien à Turin, elle y fut représentée dans une version française approuvée... Lire la suite (Juillet 2018)