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Un film d’Alain Ughetto (France)

"Jasmine" Sortie en salles le 30 octobre 2013

En France, à la fin des années soixante-dix, Alain rencontre Jasmine, une étudiante iranienne. Une rencontre qui va changer le cours de sa vie.

Les aléas de l’existence, le cours des événements les éloignera l’un de l’autre mais le souvenir de la jeune fille ne cessera de le hanter.

Des décennies plus tard, Alain Ughetto fait un mauvais rêve à la suite duquel il croit Jasmine morte. Il retrouve sa trace sur le net. Elle est mariée, mère de deux enfants et enseigne dans un pays scandinave.

Rassuré, il va à la recherche des aérogrammes qu’elle lui adressait trente ans plus tôt.

Son histoire avec Jasmine est finie depuis longtemps mais les émotions sont là.

Avec les lettres, il va retrouver des films super 8 tournés en Iran, trois films d’animation en pâte à modeler et dix secondes de l’image de Jasmine brouillée par le temps.

La trame du film était trouvée.

Pour associer la grande histoire de l’Iran depuis les dernières années du règne du Shah jusqu’à l’avènement de Khomeini et la petite histoire, celle de l’amour qu’il allait vivre avec Jasmine, il associe des images d’archives, divers documents d’époque et une animation en pâte à modeler pour rester fidèle à la technique qu’il avait pratiquée autrefois.

A l’INA, Alain Ughetto est allé confronter ses souvenirs intimes revenus à la surface aux actualités de l’époque.

Les commentaires des journalistes qui déroulaient les faits au jour le jour pouvaient se charger de la chronologie des faits et rythmer une histoire d’amour forte mais hésitante.

La sensualité et la douceur de la main qui manipule la pâte à modeler pour faire exister les protagonistes se heurtent au choc et à la brutalité du réel.

Ainsi, le réalisateur pouvait confronter le Shah, personnage appartenant à la grande histoire de la révolution iranienne, aux petites figurines de pâte égarées dans un Téhéran construit avec des emballages en polystyrène, un matériau dont la légèreté convient bien à la présence délicate des personnages sommairement modelés dans la pâte.

La travail de modelage visible à l’écran y compris la main qui façonne, jusqu’à l’impact des empreintes digitales, produit une émotion et rend compte de la fragilité, de la vulnérabilité des deux personnages saisis dans la tourmente des événements et dans leur hésitation à décider de la voie à donner à leur avenir.

Jasmine, partagée entre son attachement à son pays et son amour pour Alain semble finalement laisser le cours des événements décider pour elle.

Jean-Pierre Darroussin prête sa voix à Alain Ughetto. Pour la voix féminine, le choix s’est porté sur une comédienne dont le nom ne figure pas au générique car elle est iranienne et en extrême délicatesse avec le régime actuel…

La poésie d’une histoire d’amour confrontée à la cruauté du réel.

Une réussite.

Francis Dubois

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