Actualité théâtrale

Jusqu’au 20 octobre au Théâtre de la Cité Internationale

« Jaz »

Le corps d’une femme sculpturale, belle, puissante se tord. Elle parle et dit qu’on l’a toujours appelée Jaz. Derrière elle quatre musiciens de jazz lancent leurs notes plaintives ou révoltées. Jaz passe de la narration au chant. Sa voix puissante et sensuelle est à l’image de son corps. Enfermée dans la lumière crue d’une sanisette, elle parle du viol qu’elle y a subie. Elle parle de cet homme qu’elle avait à peine remarqué dans l’escalier, de sa sidération alors qu’il s’y masturbait en la regardant, de la violence avec laquelle il l’a poussée dans la sanisette et l’a violée. Elle fait même entendre la voix de cet homme tandis qu’il lui dit qu’elle est belle et qu’il la veut. Elle est à la fois terrorisée - il tremble et la menace d’un couteau - et emplie de honte. Il lui a dit qu’il y a des femmes à viol. Alors elle se sent coupable et se demande quelle erreur elle a pu commettre.

Théâtre : Jaz

Alexandre Zeff a mis en scène ce texte d’un auteur ivoirien, Koffi Kwahulé qui n’hésite pas à déclarer « Je me considère sincèrement comme un jazzman. C’est mon rêve absolu ». La musicalité de son écriture, qui frappe comme un coup de poing, est soulignée ici par la présence sur scène du Mister Jazz Band (Franck Perrolle à la guitare, Gilles Normand à la basse, Louis Jeffroy à la batterie et José Lois Olympio De Campos au saxophone). Le tumulte et la violence du free jazz s’imposent avec la révolte et le désir de vengeance, mais le plus souvent les musiciens accompagnent Jaz et le saxophoniste s’approche parfois d’elle, semblant murmurer à son oreille. Le travail sur la lumière (Benjamin Gabrié), avec la cage lumineuse qu’est la sanisette et le rouge qui s’impose peu à peu, contribue à créer un univers où la révolte et la colère vont pouvoir éclater. Il y a surtout Ludmilla Dabo, dont la voix magnifique, chaude et puissante, va glisser sans cesse de la narration au chant. Qu’elle soit vêtue d’une longue robe fendue qui met en valeur sa beauté, ou demi-nue avec les seins tatoués en déesse de la vengeance, elle domine la scène. Sa voix peut être douce, froide, révoltée ou emplie d’une colère vengeresse. Qu’elle soit murmure ou cri, elle porte la parole de toutes les femmes capables de passer de la peur et de l’humiliation à la révolte et à la vengeance et sa force impressionne.

Micheline Rousselet

Lundi, mardi, vendredi à 20h, jeudi et samedi à 19h

Théâtre de la Cité Internationale

17 boulevard Jourdan, 75014 Paris

Réservations : 01 43 13 50 50

Se réclamer du SNES et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La peau de l’eau »
    Un jour au pied du phare dont il est le gardien, August a découvert un canot. A son bord un homme mort et un bébé enveloppé dans un châle. Philomène la femme d’August, qui vient de faire une... Lire la suite (1er décembre)
  • « La vie est belle »
    En 1946, Franck Capra signait La vie est belle , une sorte de joli conte de Noël moderne, qui est toujours considéré comme un classique du cinéma américain. Stéphane Daurat, qui avait déjà adapté pour... Lire la suite (27 novembre)
  • « Le paradoxe amoureux »
    Philippe Honoré poursuit sa collaboration avec le metteur en scène Philippe Person, en adaptant l’essai de Pascal Bruckner, où celui-ci explore les multiples visages du sentiment amoureux, le désir,... Lire la suite (27 novembre)
  • « L’expérience de l’arbre »
    En 2008 le jeune acteur Simon Gauchet s’initie pendant un mois au Japon au théâtre Nô de l’école Kongo avec un maître, Tatsushige Udaka. À la fin de sa formation, alors qu’il doit repartir en France, il... Lire la suite (22 novembre)
  • « Nous pour un moment »
    Stéphane Braunschweig adapte pour la quatrième fois un texte du très inventif dramaturge norvégien Arne Lygre. Dans cette pièce se rencontrent, en six séquences assez brèves, une vingtaine de... Lire la suite (21 novembre)