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Un film de Tayfun Pirselimoglu (Turquie-Grèce-France-Allemagne)

"Je ne suis pas lui" Sortie en salles le 25 juin 2014.

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Nihat, célibataire proche de la cinquantaine, travaille comme aide-cuisinier dans un restaurant des quartiers populaires. Il est de nature solitaire même si parfois, il se laisse entraîner par ses amis pour une virée nocturne.
Maryam, une des collègues dont le mari est en prison pour assassinat est attirée par Nihat.
Elle l’invite chez elle et ils deviennent amants.
Au cours d’une promenade en barque, Maryam se noie.
Jouant sur sa ressemblance avec le mari de la jeune femme, Nihat endosse jour après jour l’identité du taulard.
Or, un jour, il apprend que celui-ci s’est évadé…

Nihat est un personnage secret et austère et les premières scènes du film où le personnage est présenté dans son intimité et dans l’exercice de son métier, s’inspirent de ces caractéristiques.
L’existence de l’aide-cuisinier se résume à des activités routinières et peu valorisantes. Épluchage des légumes, entretien du matériel, lavage de la vaisselle constituent l’essentiel de son travail.
Rentré chez lui, il somnole ou regarde machinalement la télévision.
L’arrivée dans sa vie de Maryam sera vécue par Nihat avec beaucoup de prudence comme s’il anticipait instinctivement sur le bouleversement que cette rencontre allait entraîner pour lui, comme s’il en mesurait d’emblée les futures retombées.
Nihat vit sa relation avec la jeune femme avec nonchalance, une totale absence de passion. Leurs rencontres sont régulières, deviennent systématiques, s’installent très vite dans une une routine que Maryam, plus exigeante, souhaiterait bouleverser.
Si sa présence auprès de lui n’apporte aucune modification à la nature réservée et austère de Nihat, sa mort accidentelle (?) aura, au contraire sur lui, un effet inattendu. Elle aura la valeur de déclic.

Dès lors, le film de Tayfun Pirselimoglu va prendre une toute autre direction narrative en laissant délibérément de côté la vraisemblance du scénario.
Peu importe désormais si la transformation physique de Nihat est plausible ou pas. Si le simple port de lunettes et une moustache rasée suffisent ou non à créer la ressemblance avec le mari de Maryam.
L’histoire, faisant fi de tous les obstacles, va doucement, imperceptiblement, emboîter le pas au fantastique.
L’apparition d’une prostituée qui se trouve être le sosie de Maryam encourage définitivement Nihat à emprunter le chemin de l’usurpation d’identité.

"Je ne suis pas lui" fait, dans la seconde partie du film, appel à l’imagination du spectateur et c’est en rentrant dans le jeu des ressemblances, dans le trouble des situations qui se succèdent, que va s’installer l’intérêt pour ce film "manipulateur" au bon sens du terme.
Si le suspense s’installe dans le déroulement du récit, c’est de façon souterraine. Parfois, le film s’apparente à un thriller. Parfois il flirte avec les codes du film noir ou fait un pas de côté dans le sens du fantastique.
Cependant, la constante rigueur avec laquelle le metteur en scène mène son personnage et conduit son récit, désamorce l’appartenance du film à ces différents genres.
L’atmosphère qui se dégage de "Je ne suis pas lui" est prégnante et maintient le spectateur non pas dans un suspens traditionnel, mais dans une sorte d’inquiétude permanente

Pour le réalisateur, le problème de l’identité est ici une métaphore de la situation de la Turquie aujourd’hui, de la politique du pays, de l’impact de la religion.

Francis Dubois

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