Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 mars au Théâtre Les Déchargeurs

« Je ne vous aime pas »

Deux femmes face à face : une actrice, très parisienne, venue jouer dans une ville de province et la programmatrice qui la reçoit. En fait de théâtre, c’est une salle polyvalente que lui fait visiter l’élue, lui vantant les capacités d’adaptation du lieu. Ce n’est pas vraiment du goût de l’actrice, non plus que l’hôtel où on l’a installée et qui est pourtant ce qui se fait de mieux « par ici ». Elle dit « ça ira très bien » avec une condescendance difficilement acceptable par l’élue, d’autant que celle-ci doit se débrouiller avec une conseillère à la culture et des élus qui ne jurent que par les pièces en costumes, humoristiques et jouées par des troupes locales ! Entre la parisienne arrogante et snob, dont on sent la carrière déclinante, et la provinciale humiliée, qui rêvait peut-être d’autre chose, la guerre est déclarée.

Marianne Wolfsohn a demandé à Pierre Notte d’écrire ce texte sur la confrontation de deux mondes. Celui de ceux qui font du théâtre et en ont une haute idée, celui de ceux qui y vont pour se détendre et s’amuser. Elle met en scène la pièce sur un plateau nu, avec une lumière froide qui ressemble à celle de ces salles des fêtes reconverties pour un soir. Elle insert dans la pièce, et les interprète, des « Paroles données », qu’elle a recueillies au cours d’une résidence triennale auprès d’habitants de la Picardie Verte, un territoire très éloigné de l’offre culturelle.

Si l’on n’est pas très convaincu par ces inserts, les deux comédiennes sont elles très convaincantes, menant leur combat avec détermination jusqu’au moment où il faut bien une trêve pour respirer. Silvie Laguna a l’arrogance élégante de l’actrice qui méprise un peu ce monde si provincial. Elle vante les chocolats qu’elle a apportés, achetés fort cher chez un grand chocolatier parisien et dont il ne faut déguster qu’un carré à la fois tant ils sont raffinés, à l’opposé du Crunch bas de gamme dont elle estime que c’est ce que doit consommer la programmatrice. Pourtant, parfois, une sourde inquiétude sur la suite de sa carrière semble percer sa carapace. Nathalie Bécue joue avec beaucoup de finesse le personnage plus complexe de la programmatrice. D’abord humiliée et sur la défensive, elle se transforme en combattante, trouvant les points faibles chez son adversaire, avançant ses pièces sans tout révéler. Elle est formidable.

Théâtre : Je ne vous aime pas

Même si la pièce a des aspects parfois un peu convenus, elle résonne encore fortement au moment où la révolte des Gilets Jaunes a bien révélé le fossé qui se creuse entre les élites, souvent parisiennes, et les territoires éloignés des lieux de pouvoir et de culture.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre Les Déchargeurs

3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris

Réservations : 01 42 36 00 50 ou www.lesdechargeurs.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)