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Un film de Pierre-Henry Salfati (France)

"Je suis venu vous dire…" Sortie le 15 février 2012

Il semblerait qu’enfant, Pierre-Henry Salfati allait voler les disques de Gainsbourg chez les disquaires, et qu’il en ressentait une telle culpabilité, qu’il s’était promis, pour se racheter de ses chapardages, de faire, plus tard, quelque chose de bien à l’égard de Gainsbourg.

Voilà donc, aujourd’hui, avec " Je suis venu vous dire…" Gainsbourg dédommagé de son manque à gagner d’alors et Salfati délesté de sa vieille culpabilité !

Pierre-Henry Salfati a tenté de faire, en images, le journal intime que Gainsbourg avait promis aux éditions Gallimard et qu’il n’a jamais écrit. Il s’est souvenu d’un petit sujet que le chanteur avait réalisé pour l’émission de Claude Ventura dans le cadre d’une carte blanche. Gainsbourg y avait filmé le quartier de son enfance, la rue Chaptal, le neuvième arrondissement, son école, le Conservatoire. Des images qu’il commentait à la première personne.

C’est dans une tonalité proche qu’il a dressé un portait à la fois attendu et complètement renouvelé du chanteur. On croyait tout savoir sur Gainbourg dont on nous a beaucoup rabattu les oreilles, et il avait fallu l’inventivité, l’intelligence de Johan Sfar pour qu’une œuvre cinématographique sur sa personne nous intéresse encore.

Il fallait peut-être bien s’arrêter là sur le sujet. Pourtant le film de Salfati réussit à apporter un éclairage nouveau à la personne. Ce qu’on retient de celui qui, souvent défraya la chronique, ne doit pas se limiter à l’originalité de son œuvre, ses qualités de musicien, à son sens de la provocation ou à sa légendaire désinvolture.

L’accès à des interviews inédites ont permis à Pierre-Henry Salfaty de trouver matière au portrait plus touchant d’ un homme qui évoque son rapport manqué avec son père, avec une mère qui ne l’avait pas souhaité et qui, par petites touches introspectives, se laisse entrapercevoir comme un looser classieux, quelqu’un qui aurait tout raté, à part Charlotte et son fils Lulu : la peinture à laquelle il se destinait, l’architecture, le littérature, ses amours dont l’histoire ne laisse apparaître que le nom de ses prestigieuses maîtresses.

Un film qu’on suit avec un intérêt soutenu et dont la morale pourrait se traduire par :"On peut très bien se réussir en s’étant beaucoup raté."

 

Francis Dubois

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