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Un film d’Emmanuel Finkiel (France)

"Je suis" Sortie en salles le 11 avril 2012

Ils étaient dans la force de l’âge. Ils aimaient, travaillaient, faisaient du sport. Ils étaient des parents, des enfants, et un jour ils ont été atteints en plein vol par un accident vasculaire cérébral qui les a diminués et en a fait, du jour au lendemain, des individus transformés et dépendants.

Plusieurs mois durant, Emmanuel Finkiel a filmé le quotidien de trois patients dans un établissement spécialisé dans la rééducation de ces "naufragés de la vie", de leur famille et du personnel soignant.

Il a fait le constat sensible et émouvant des progrès variables de chacun, allant de l’un à l’autre, alternant les moments de plaisir et de désarroi, ponctués des regards interrogateurs que les patients portent sur eux-mêmes, ou ceux égarés qu’ils portent sur leurs proches.

Le film d’Emmanuel Finkiel est un film de visages et de regards. On y voit surgir des émotions, un éclair de lucidité, un sourire lorsqu’un patient a remporté une victoire sur l’oubli, qu’il est parvenu à percer le brouillard de la confusion où sa maladie l’a projeté.

Christophe est un jeune papa. Son état est dû à un accident survenu alors qu’il montait une balançoire pour son garçon. Il est sorti d’une longue période de coma incapable de se déplacer, privé de l’usage d’un bras. Une partie de son visage est paralysée. Son comportement, ses fluctuations d’humeur décrivent, à peine décalée, toute la palette des émotions humaines ordinaires. Son objectif est de retrouver l’équilibre qui lui permettra de recouvrer le mécanisme de la marche. Il est aussi de retrouver l’affection de son petit garçon que son aspect physique a éloigné de l’image qu’il avait de son père.

L’autre Christophe répond précisément aux questions qu’on lui pose, souvent de façon laconique. Autrefois professeur de tennis, il a gardé sa technique de jeu et sur un court, ne rate aucune balle. Seul son visage à l’expression figée semble avoir définitivement renoncé à sourire ou à exprimer la moindre émotion. Il est en cela le plus impressionnant des trois. Son comportement semble rejoindre la résignation mais ce garçon flegmatique, jamais opposant, qui semble vivre au ralenti, attend-il, ainsi que cela se passe, le moment où il pourrait à nouveau libérer son sens de l’humour, retrouver le sourire ou raconter à son auditoire une histoire drôle.

Chantal est, des trois, la plus perdue. Avant son accident, elle était directrice d’une agence bancaire. C’est celle qui se perd dans les réponses à donner, celle qui renonce très vite, celle à qui ses moments de lucidité servent le moins, car elle y puise d’autres raisons de se décourager et de renoncer.

S’il a dû tricher parfois avec le temps et les durées, Emmanuel Finkiel n’a pas travaillé au montage pour rendre les choses plus heureuses. Il a simplement essayé de traquer, dans les situations qu’il avait face à lui, la vivacité, la vigueur et la force de la vie. Cette force puissante et opiniâtre qui permet aux malades de sortir des creux dépressifs. Il a filmé les trois personnages comme des sortes d’orphelins privés d’eux-mêmes, des personnes dont on répare les parties de leurs cerveaux endommagés et qui vont devoir faire le deuil de l’être qu’ils étaient avant "l’accident".

" Je suis" est le résultat d’une longue observation patiente et attentive. Il suffit parfois d’une caméra sensible, sans apitoiement, pour faire et réussir un film magnifique sur la force de la vie.

Francis Dubois

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