Actualité théâtrale

au Théâtre des Quartiers d’Ivry – partenaire Réduc’snes

"Jean la Chance" de Bertolt Brecht jusqu’au 3 février

Jean tient une ferme auberge avec sa femme. Ils y coulent des jours sans histoire jusqu’au moment où un homme survient et séduit la jeune épouse. Bien qu’attirée, celle-ci résiste aux avances du citadin et demande à son mari de l’aider à se défendre contre elle-même et contre son désir. Elle finit par partir en lui léguant la propriété. Jean échangera d’abord la ferme contre deux charrettes, une charrette contre un manège, le manège contre une oie. Bientôt dépossédé de ses derniers biens, il se retrouve nu et seul, peut-être libre et heureux, peut-être pauvre et désespéré, au bord d’une rivière.
En 1919, à l’époque de Baal et Tambours dans la nuit, Bertolt Brecht écrit Jean la Chance adapté d’un conte que les Frères Grimm avaient intégré en 1819 à leur collection de contes populaires. On retrouve trace de la pièce de Brecht, il y a une dizaine d’années, dans les archives du Berliner Ensemble.
L’état du texte paraît assez élaboré pour qu’il puisse s’ajouter à la publication des œuvres complètes de Brecht et être monté. Jean La Chance est peut-être le chaînon manquant dans le théâtre de Brecht à propos de la bonté, la naïveté confrontées à un monde cynique, et cette pièce annonce La bonne âme de Sé-tchouan. La bonté dont fait preuve Jean La Chance est-elle un choix de comportement ou bien est-il tout simplement un benêt ?

Fanny Rudelle & David Ayala - Photo © Marc GINOT

Jean-Claude Fall, qui signe la mise en scène, a demandé à Stephen Warbeck d’écrire une musique pour fanfare proche de la musique qui accompagne certains films de Kustirica. Cuivres, bois, percussions et chœurs accompagnent l’action et en soulignent la naïveté et l’irréalité.
Le texte, passé par trois stades d’élaboration, comportait une fin heureuse et une fin malheureuse à l’histoire de Jean. C’est finalement la fin malheureuse qui fut choisie : Jean meurt à la façon de Baal, seul et dépossédé de tout mais sans doute heureux.
Jean-Claude Fall est actuellement directeur du Théâtre des Treize Vents-CDN de Montpellier Languedoc Roussillon. C’est lui qui, en 1982, crée le Théâtre de la Bastille qu’il dirigera jusqu’en 1988. L’année suivante il est nommé à la tête du théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis où il fait découvrir au public, en les accueillant en résidence, les compagnies de Stanislas Nordey, Catherine Anne, Les Lucioles… Sauf exception, il met généralement en scène des contemporains, Kafka, Tennessee Williams, Heiner Müller, Bernard Chartreux ou Jean Jourdheuil. Il a été l’un des premiers en 1982 à monter un texte de Jean-Luc Lagarce : Le voyage de Mme Knipper vers la Prusse orientale.
Francis Dubois

Théâtre des Quartiers d’Ivry 1, rue Simon Dereure 94200 Ivry.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 90 11 11 – www.theatre-quartiers-ivry.com

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