Actualité théâtrale

"Jean la chance" au Théâtre de la Bastille jusqu’au 1er février

« Jean la chance  », pièce inachevée, retrouvée il y a une dizaine d’années dans les archives du Berliner Ensemble, a été écrite par Brecht en 1919 juste après « Baal » et à peu près en même temps que « La noce chez les petits bourgeois ». C’est donc un texte de jeunesse inspiré d’un conte des Frères Grimm. On y trouve déjà des thèmes chers à Brecht, celui de l’homme bon, simple et sincère perdu dans un monde de mensonge et d’opportunisme. Jean la Chance annonce des personnages comme le Galy Gay de « Homme pour homme » ou le brave soldat Chveik. Il est bon, mais sa bonté n’influe pas sur le cours des choses et ne lui attire que le mépris de ceux qui l’exploitent. Acceptant tout il devient la proie rêvée de ceux qui l’entourent. Il échange sa ferme contre deux carrioles, sa carriole contre un manège, son manège contre sa femme qu’il récupère, sa femme contre une oie, son oie contre la liberté et sa liberté contre la vie. Il est l’homme crédule qui ne sait pas dire non parce qu’il est bon mais aussi parce qu’il est dans la crainte de mécontenter et de serviable il devient servile. Il évoque un enfant qui est dans l’instant et se fait sans cesse rouler, mais il prend cela très bien en vivant chaque nouvelle perte comme une libération ou un enrichissement.
On est donc déjà dans la doxa brechtienne (le commerce, c’est du vol) mais la mise en scène de François Orsoni évite tout dogmatisme et toute pesanteur. Tout est réussi avec presque rien. Entrecoupant les saynètes de chansons et de danse appuyées par une guitare et un clavier, les comédiens et le metteur en scène font de ce spectacle un conte pour enfants punk avec un coté magique et mystérieux lorsque les comédiens s’affublent de masques ou se griment dans la pénombre. Les cinq interprètes, Suliane Brahim, Alban Guyon, Clotilde Hesme, Thomas Heuer (ancien Bérurier Noir, qui signe la musique) et Thomas Landbo jouent avec une énergie et un dynamisme séduisant. La musique est intéressante et met en valeur la structure rythmique du texte qui exalte la liberté et la nature. Une mise en scène très originale et des acteurs qui ont la fougue de la jeunesse font de ce spectacle un régal.
Micheline Rousselet

Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette, 75011 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : : 01 43 57 42 14
www.theatre-bastille.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La vie de Galilée »
    La pièce, écrite par Brecht en 1938 et retravaillée jusqu’aux années 50, suit la vie de Galilée astronome, mathématicien et physicien italien du XVIIème siècle. Toujours avide de mettre au point de... Lire la suite (17 juin)
  • « Mary said what she said »
    Robert Wilson a offert le trône de Marie Stuart à Isabelle Huppert, une comédienne avec laquelle il se sent beaucoup d’affinités car elle comprend ce qu’il veut faire sans avoir besoin de beaucoup... Lire la suite (15 juin)
  • « Huckleberry Finn »
    Ce roman est considéré comme le chef d’œuvre de Mark Twain. L’histoire, qui se situe dans les années 1850 avant la guerre de sécession, est celle de Huckleberry Finn , un gamin si maltraité par son père... Lire la suite (7 juin)
  • L’école des femmes en accès libre sur internet
    Le spectacle L’école des femmes crée à l’Odéon en novembre 2018 avec une mise en scène de Stéphane Braunschweig est disponible en accès libre sur le site internet du théâtre et sur la plateforme Vimeo... Lire la suite (7 juin)
  • « Le champ des possibles »
    Après ses deux premiers spectacles ( La banane américaine, consacré à l’enfance et Pour que tu m’aimes encore, à l’adolescence), qui ont connu un joli succès, Élise Noiraud se consacre, avec ce nouvel... Lire la suite (6 juin)