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Un film de Léonor Serraille (France)

« Jeune femme » Sortie en salles le 1er novembre 2017.

Un chat sous le bras, plus un sou en poche, voilà Paula trente ans, de retour à Paris après des mois d’absence.

Ni point de chute, ni projet précis, Paula avance à vue, aussi paumée que confiante, prête à s’accommoder du meilleur comme du pire, forte de la carapace dont les aléas de l’existence l’ont dotée.

Paula est de la race des « résistantes passives ». Elle a une telle faculté d’indifférence, qu’elle pousse le défaut jusqu’à l’appliquer à elle-même mais elle peut ruer dans les brancards dès qu’on touche à sa marge de liberté.

La grande qualité de Paula est sa porosité, son pouvoir de s’imprégner de chacune de ses rencontres, de sa capacité à se faire à la fois caméléon et salamandre.

Elle est douée pour mentir sans ruser et pour revêtir des costumes qui ne sont pas les siens comme lorsque, pour se faire embaucher, elle se fait passer pour une étudiante en arts plastiques.

Elle creuse devant elle et avance comme elle peut, comme si elle était certaine que c’était du désordre de va vie qu’allait ressortir le tracé de son chemin..

Cinéma : Jeune femme

« Jeune femme » a failli s’appeler « jeunes femmes » pour mieux faire de ce portrait, non pas seulement celui de Paula mais de toutes ces personnes qui, ayant atteint le seuil de la trentaine, se retrouvent sans bilan et qui utilisent le désert de leur vie passée pour tenter de se faire un tremplin.

Léonor Serraille a confié à Laetitia Dosch le rôle sur mesure d’une femme d’aujourd’hui, flottant dans l’existence, aussi résistante que fragile, trimballant autant de doutes que de certitudes et attendant, sans qu’elle en ait totalement conscience, que se produise le miracle d’une stabilité sociale et amoureuse.

On sera séduit par le personnage ou on le trouvera insupportable, chargé de tous les poncifs. On aura hâte de la voir trouver sa voie ou bien on la laissera pour ce qu’elle est ; on verra en elle, selon la façon dont on recevra le personnage, une victime ou une dilettante satisfaite de son sort, une proie ou une prédatrice.

Mais Léonor Serraille ne se contente pas de dresser avec une justesse confondante le portrait d’une fille d’aujourd’hui confrontée à la difficulté de trouver un travail, de se loger, de trouver un équilibre relationnel.

Elle embarque dans le marasme de notre début de vingt et unième siècle, quelques autres personnages « en transit » qui vivraient plutôt qu’un voyage, une succession d’escales ; qui vivent le présent précaire à la fois avec philosophie, inquiétude, indifférence et impatience.

Francis Dubois

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