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Un film documentaire de Sue Bourne

"Jig" Sortie en salles le 30 novembre

Les 40èmes championnats du monde de danse irlandaise ont eu lieu en mars 2010 à Glasgow. Ils ont réuni 6000 danseurs dans différentes catégories d’âge, leurs familles, leurs professeurs, venus des quatre coins du monde.
Le film de Sue Bourne suit, sur une année, une dizaine de participants, depuis les séances d’entraînement intensif (très coûteuses) jusqu’aux moments de la compétition finale.
Il y a, dans ce film, quelque chose d’extrêmement dérangeant, qui tient en plusieurs points. Les enfants ou jeunes gens qui se sont lancés dans l’apprentissage de ces danses proviennent souvent de catégories sociales modestes. Le sacrifice des familles est considérable et il est souvent dit, au cours du film, que le salaire d’un des deux parents est englouti par le prix des cours, des déplacements, mais également pas l’achat des accessoires et l’acquisition des costumes de scène. Or, combien d’entre eux, sur les 6000 participants, parviendront-ils à un niveau qui pourrait en faire, à défaut de danseurs vedettes, des professeurs ou des animateurs ?
L’entraînement exigeant et intensif monopolise beaucoup de temps au détriment des études qui passent fatalement au second plan des préoccupations, tant auprès des parents et des encadrants, qu’auprès des enfants, tous ensemble aveuglés par les paillettes.
Outre ces effets négatifs qui seront fatals à une grosse majorité d’entre eux, il y a, pour indisposer plus encore, le travestissement, les costumes, les maquillages excessifs, les perruques grotesques et tout ce que ce "vieillissement" prématuré produit d’effets sur les comportements.
Ces enfants ne sont même pas des "chiens savants" car l’échec auquel ils sont plus ou moins consciemment préparés, les contraints à une sorte de modestie, à un esprit de camaraderie feint et à d’autres faux-semblants.
Ces jeunes ont à porter sur leurs épaules, l’énorme espoir que leurs parents ont placé en eux et ils ont pleinement conscience des sacrifices que leur engagement implique.
De plus, la réalisatrice a regroupé dans son casting les élèves les plus prometteurs, ceux qui au final, se trouveront sur le podium et ce n’est pas là, la moindre malhonnêteté de sa démarche. Rien sur ceux qui repartent bredouilles, qui repartiront pour une nouvelle année d’entraînement ou qui abandonneront la compétition, faute de moyens…
Au milieu de ces gamines emperruquées, de ces robes étincelantes, de ces diadèmes de strass se distinguent deux personnalités (ils seront l’un et l’autre les grands vainqueurs), un adolescent charismatique au regard carnassier et un garçon de dix ans qui dort avec ses ours, que partout on traite de pédé parce qu’il fait de la danse, mais qui fait preuve à la fois d’une grande maturité d’esprit et d’une extrême fragilité.
Un film qui fait souvent froid dans le dos et qui dit bien le désarroi d’un monde assombri assoiffé de paillettes.
Francis Dubois

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